dimanche 8 juillet 2007

Persepolis



Gilles a déjà très bien parlé de la dernière sortie du film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. Je voudrais juste ajouter combien je trouve que ce film est intelligent (de même que la bande dessinée dont il est issu), dans sa critique des moeurs et de la politique iranienne.



Et combien également ce film est beau visuellement, avec des graphismes citant les mécanismes du théâtre baroque (pour les nuages ou la mer représentés schématiquement en doubles plans mobiles), le cubisme (Guernica de Picasso dans la scène où le corps de Marjane se transforme durant son adolescence à Vienne), le théâtre d'ombres, dans les scènes d'émeute et de guerre, de marionnettes quand la narratrice nous raconte l'histoire politique de son pays.



Une trouvaille particulièrement réussie est le mélange de noir et blanc et de couleur: les scènes contemporaines, où Marjane repense à son histoire à l'aéroport d'Orly, sont en couleur, alors que les scènes passées sont toutes en noir et blanc. Ceci permet notamment de différencier le temps présent, vivace, du temps du souvenir, puisque le film se présente véritablement comme une réminiscence du passé - enfantin, qui plus est: Marjane "entre dans l'âge adulte", dans son indépendance, quand elle quitte définitivement l'Iran.

Le début du film, qui est quasiment (dans mon souvenir en tout cas) sans voix off, sans texte, a véritablement une fonction d'introduction au récit autobiographique: la convention littéraire de l'autobiographie est respectée, qui consiste à d'abord présenter le moment présent avant de commencer à raconter l'histoire de sa vie: de prendre le temps de nouer un pacte de sincérité avec le lecteur. On retrouve ici également la convention littéraire du conte, qui est très souvent précédé d'une sorte de méta-histoire (un "récit-cadre") visant à introduire l'histoire: "l'histoire de l'histoire" en quelque sorte, comme par exemple celle de Schéhérazade dans les Mille-et-une-nuits. Cette introduction est d'autant plus pertinente que l'autobiographie comme le conte sont des genres littéraires intimement liés à la mémoire, au souvenir, qui supposent une phase de réminiscence de l'histoire passée.



Cette convention littéraire est mise en oeuvre de manière graphique, par le passage de la couleur au noir et blanc. Par ailleurs, l'usage du noir et blanc "aplatit" la représentation, la rendant plus neutre plastiquement (ce qui est le moyen de souligner la neutralité idéologique du compte-rendu historique et autobiographique); et il rend possible l'utilisation de forts contrastes renforçant l'effet dramatique de l'histoire, à des moments choisis. Marjane Satrapi ne se contente par ailleurs pas du noir et du blanc: elle adopte toutes les nuances du gris, ce qui montre sa volonté de ne pas donner une image trop manichéenne, ni de l'Iran, ni de son histoire personnelle.

6 commentaires:

M. Patouche a dit…

À noter aussi le travail du sculpteur Michel-Ange dont le travail de peinture sur un plafond de chapelle au Vatican est très intéressant.

François a dit…

???

M. Patouche a dit…

Je voulais juste dire qu'on savait que Marjane Satrapi était bien et que ce n'était peut-être pas utile d'en parler.

Cependant depuis que j'ai écrit ce premier message je suis allé le voir. D'un côté, je l'ai trouvé très mauvais, je me suis ennuyé durant tout le film, de l'autre, je l'ai trouvé incroyablement joli.

Après coup, je trouve ton billet plutôt intéressant, même si je ne partage pas ton avis.

Bisous ^^

François a dit…

Mon billet n'avait pas la prétention de dire que Marjane Satrapi c'est bien, parce qu'en effet ça reviendrait à vider un verre d'eau de plus dans l'océan de la critique. Je voulais seulement décoder quelques influences, et surtout quelques mécanismes narratifs à l'oeuvre dans le film.
Le reproche principal que je pourrais faire au film, pour ma part, est sa narration trop rapide, trop hachée. Le temps de lecture d'une bande dessinée relativement longue est raccourci en 1h35, ce qui rend le film un peu trop dense à mon goût: j'aurais aimé que Marjane prenne un peu plus son temps. Exactement l'inverse de toi, visiblement, dans la mesure où tu t'es ennuyé. Mais peut-être était-ce parce que tu connaissais déjà l'histoire?
Je suis content que tu aies apprécié mon analyse après-coup, mais en quoi ne partages-tu pas mon avis, dans ce cas? J'ai du mal à comprendre ce que tu reproches 1/ au film, 2/ à mon billet.

M. Patouche a dit…

Je trouve le film trop saccadé. Je me suis ennuyé un peu comme je me suis ennuyé pendant mes voisins les Yamada. Impossible de rentrer dans le film. Ce type d'histoire n'est pas adapté pour un medium comme le film long-métrage.

Le fait de connaître le livre n'a dû que m'empêcher de découvrir l'histoire, ce qui je crois peut être assez utile pour apprécier le film (sans être primordiale).

En même temps qu'il est saccadé, les séquences ne sont pas pour autant régulières, et l'enchaînement est par moment grossier (le meilleur exemple est séquence 1 : je dénonce un innocent, ma mamie me fait la gueule, séquence 2 : je réponds aux barbichus, ma mamie est fière de moi). Enfin il y a des séquences qui n'apportent pas grand choses ou sont inintéressantes (Eye of the Tiger par exemple).

Persepolis est un témoignage passionnant sur l'Iran, moins passionnant sur l'adolescence. J'ai applaudi mais je n'en redemandais pas. Après, ce film va sans doute permettre de faire mieux connaître encore cette histoire, ce qui est certes une bonne chose. Pour moi il n'apporte en plus que des jolies images.

Je ne reproche pas grand chose à ton billet.

François a dit…

Merci pour ta réponse. Je suis un peu d'accord avec toi, la narration n'est pas très fluide (ce pourquoi je l'ai trouvé trop dense), et si Persépolis n'est pas un grand chef-d'oeuvre du cinéma d'animation, il reste tout de même très beau et très intéressant à voir.