lundi 15 février 2010

Arts graphiques

Une fois de temps en temps n'est pas coutume : un peu de publicité pour un blog passionant de bibliothécaires de la bibliothèque de l'université de Princeton, consacré aux arts graphiques et autres arts du livre et de l'estampe... je trouve les billets mieux rédigés que sur Bibliodyssey, et les images sont de première main.

Je suis tombé sur ce blog en faisant une recherche sur les illustrations de Julia Margaret Cameron pour les poèmes de Tennyson, et j'ai enfin pu voir des photos des clichés de la photographe en contexte, avec leurs marges bleutées et un exemple des poèmes calligraphiés par l'artiste sur pierre lithographique... Merci !

Dans le même registre bibliophilique, je signale pour ceux qui ne le connaissent pas déjà le blog de Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF. Ils viennent de faire un billet à propos du projet Mame auquel je participe.

vendredi 12 février 2010

Et in Arcadia ego

Le Temps des Grâces, de Dominique Marchais

Lundi dernier, je lisais cet article dans le Monde : Pour la première fois depuis 150 ans, la forêt ne gagne plus de terrain en France. La raison principale en est qu'un terrain vide consacré à la culture prend de la valeur avec la construction, valeur qui peut en être multipliée par 50, voire 300 en région parisienne. Par un heureux hasard, un film exemplaire est sorti cette semaine sur un sujet connexe : "Le Temps des Grâces", ou comment la France a saboté plus de 2000 ans d'héritage agricole en l'espace de 50 ans . Un documentaire efficace qui dresse le portrait effrayant de la course aux gains de productivité agricole, et la mort programmée d'une richesse ancestrale inestimable. Il ne s'agit pas du tout d'un documentaire "artistique", comme Raymond Depardon avec sa série des Profils Paysans, mais bien d'une démonstration classique, avec paroles de paysans et discours d'experts, et même quelques interventions lyriques de Pierre Bergounioux, qui permet de comprendre comment on en est arrivé là, et comment on peut s'en sortir - ou non. Si le film n'évoque pas directement le sujet traité par Le Monde, il en est question en filigrane, de manière très éclairante. Vous comprendrez le titre de ce billet en allant voir le film, que je vous conseille vivement.

lundi 1 février 2010

La Guillette


La maison de Maupassant à Etretat, que l'auteur à lui-même baptisée fort à propos "La Guillette", ne sera pas un musée. Toujours annoncée en vente sur le site, elle vient en fait d'être vendue à un particulier pour 600.000 euros, la municipalité traînant des pieds depuis plusieurs mois pour en faire l'acquisition. C'est dommage, car elle aurait pu rejoindre le circuit de la Route des Ecrivains, qui regroupe les maisons, de Mallarmé, Chateaubriand, Maeterlinck, Aragon etc.

Dans la même veine, c'est le Musée Tourguéniev à Bougival qui est en danger, une partie du parc étant convoité par des promoteurs immobiliers, avec l'appui des décideurs locaux. Vraisemblablement le raffermissement de l'identité française peut très bien se passer de la valorisation de son patrimoine national.

mercredi 27 janvier 2010

Bloomsbury

Une exposition sur le très intéressant groupe de Bloomsbury a lieu en ce moment à Roubaix, jusqu'au 28 février, au musée La Piscine. Le Bloomsbury group est un groupe d'intellectuels et d'artistes qui, au tout début du 20e siècle, ont vécu réunis ensemble autour du square de Bloomsbury square, à Londres, du côté du British Museum. Je passe l'histoire du groupe, (voir aussi sur le site de la Tate) assez complexe dans la mesure où liens amoureux et familiaux se sont régulièrement ajoutés aux affinités intellectuelles entre les deux sœurs à l'origine du groupe, Virginia Woolf et Vanessa Bell (l'une écrivain et l'autre peintre), les deux cousins Lytton Strachey et Duncan Grant (le premier homme de lettres et le second peintre), ou encore Roger Fry, peintre et critique d'art, l'écrivain E. M. Forster et l'économiste John Maynard Keynes, pour n'en citer que quelques-uns parmi les plus célèbres.
Toutes ces personnes étaient issues de la meilleure société bourgeoise, voire aristocratique, et ont vécu dans le quartier de Bloomsbury, alors peu huppé contrairement à celui de Kensington, dans une atmosphère d'effervescence intellectuelle et de liberté morale. Leurs moeurs, bien que peu répréhensibles, faisaient scandale: on supportait tout simplement mal que deux femmes célibataires telles que Virginia (future épouse Woolf) et Vanessa (future épouse Bell) Stephen vivent de manière indépendante au milieu d'artistes homosexuels, et qu'elles soient susceptibles d'un avis personnel et d'ambitions autres que celle d'être une bonne épouse et une bonne mère. Les histoires d'amour «en triangle» de différents membres du groupe ont par ailleurs fait décrire ce mouvement ainsi : «It is a circle of friends who live in a square and love in triangle

Roger Fry, Vanessa Bell, 1916. (source wikipedia)

L'exposition de Roubaix, que je n'ai pas eu l'occasion de voir mais dont j'ai eu la chance d'écouter la description sur un podcast de France culture qui n'est plus disponible (ne le cherchez plus), se consacre à l'aspect proprement artistique des créations du groupe, en général passé sous silence du fait d'une mise en avant des grandes figures littéraires (Woolf et Forster) ou intellectuelles (Keynes) du groupe. L'aspect particulièrement intéressant de cette exposition est qu'elle semble notamment mettre en valeur les arts décoratifs: à la manière anglaise, et dans la tradition des Arts and Crafts (même si le Bloomsbury Group se détache du mouvement piloté par William Morris sur de nombreux points), les innovations françaises du post-impressionnisme et du fauvisme sont revues et réexploitées d'une part dans l'espace domestique de tous ces artistes, et d'autre part concrétisées dans les Omega Workshops menés par Roger Fry, qui joue ici un rôle à la fois de passeur de l'art moderne français et de tête pensante en ce qui concerne cette entreprise particulière des ateliers d'art décoratif.

Roger Fry, autoportrait. (source wikipedia)

Ce groupe d'artistes est passionnant non seulement parce qu'on y retrouve beaucoup des grands noms de la modernité anglaise, que ce soit en art ou en littérature, et même en économie (Keynes), mais surtout parce qu'il est une application particulièrement frappante du principe romantique selon lequel l'art doit fusionner avec la vie. Toute la vie de ces artistes était orientée vers l'art, et ils n'ont cessé de travailler, qui à écrire, qui à peindre, pour transformer leur cadre de vie et faire évoluer leur pensée. Loin de l'image d'un petit groupe de gens bien nés qui n'ont pas besoin de travailler pour vivre et qui passent leur temps à discuter et à échanger des points de vue utopiques dans des chaises longues, il faut comprendre ce groupe comme un atelier où ont travaillé ensemble différentes personnalités éprises de liberté intellectuelle et morale, et duquel ont pu émerger les œuvres majeures que l'on sait.

Lytton Strachey et Virginia Woolf (source wikipedia).


samedi 16 janvier 2010

Bright Star

Suprême ravissement du dernier film de Jane Campion qui m'interdit d'en parler plus avant.


I had such a dream last night.
I was floating above the trees, with my lips connected with those of a beautiful figure.


Allez le voir, c'est tout.