dimanche 9 janvier 2011
Film pour une révolution et six percussionnistes
Les percussionnistes viennent de remettre le pied à l'étrier, pour un long-métrage cette fois-ci, qui est sorti fin décembre (un extrait ici). C'est du jamais vu, sorte de polar délirant où des musiciens terroristes tentent de faire d'une ville entière leur instrument de musique. Il n'y avait que des Suédois pour inventer cette sorte de Fight Club pour percussionnistes, tout à fait surréaliste, et en tout cas jouissif, surtout pour les batteurs cela va de soi, mais aussi pour les autres. Si le scénario reste peut-être un peu lâche, qui empêche de considérer le film comme un pur chef-d'œuvre, on ne peut qu'admirer l'inventivité des scénaristes.
dimanche 11 juillet 2010
Retour des Orientales 2 - La Perse

Deux spectacles avaient été prévus en écho l'un à l'autre, il s'agissait en début d'après-midi de la conférence de Leili Anvar et du concert, très attendu, de Shahram Nazeri, à 18h00. L'un comme l'autre ont été des moments inoubliables, même si la qualité du premier a été très surprenante: je m'attendais à une simple conférence très didactique sur le thème de la poésie d'amour iranienne, et j'ai eu l'une des interventions les plus émouvantes qu'il m'ait été donné d'entendre durant ma courte vie.
Je pèse mes mots: j'ai pourtant eu plus que souvent l'occasion d'entendre des conférences scientifiques, mais celle-ci, soit qu'elle était accompagnée d'une improvisation par l'un des musiciens de Nazeri, soit que Leili Anvar, maitre de conférences à l'Inalco, avait elle-même mis tout son cœur dans la lecture - en langues française et persane - d'extraits de poésie amoureuse de Rûmî, d'Attar, et d'autres poètes (et poétesses) iraniens du XIIe au XVe siècle, cette conférence, donc, m'a laissé complètement transi, coi, pantois. Je crois n'avoir pas été le seul à avoir ainsi compris le sens du mot “transporté”: la poésie d'amour, charnel ou mystique, a je crois cet après-midi bien rempli son rôle extatique.
Le concert de Shahram Nazeri, de son côté, a été absolument envoûtant, et qui ne connaît pas le Ravi Shankar du chant perse, la star de la musique traditionnelle iranienne, n'a plus qu'à aller la découvrir pour être convaincu. Ce que j'ai entre autres apprécié ce soir là, c'est l'humilité de ce grand artiste: la programmation ne le mettait pas en avant, et laissait toute sa place aux musiciens qui l'accompagnaient, et qui ont ainsi pu faire montre de leur virtuosité et de leur sensibilité propres. Le grand chanteur nous a chanté à l'occasion de son passage en France un extrait du Livre des rois du poète Firdousi, qui, comme nous l'a rappelé Leili Anvar en début de concert, a été composé il y a tout juste mille ans, en l'an 1010. L'extrait choisi m'a laissé pensif, il s'agissait de l'histoire, résumée par Leili Anvar en début de concert lors de sa présentation, d'un roi tyrannique et surtout usurpateur, qui s'est trouvé défait par le prétendant légitime du trône, lui-même aidé par un forgeron puissant, symbole du peuple. Allusion au régime iranien actuel? Probablement: c'est par le mythe que la musique répondrait de manière détournée à l'histoire. Toujours est-il que mythe et réalité se sont ce soir-là trouvés joints dans le chant d'un aède venu d'Orient.
Et surtout, quoi que l'on pense du personnage, que vient faire une conférence sur “l'islam aujourd'hui" dans un festival de musique, fût-elle orientale? A part une lubie incompréhensible d'Alain Weber, le directeur artistique qui est pourtant d'habitude de jugement plus sûr, je ne vois pas d'autre explication à ce "point noir" qu'une intrusion du politique dans la programmation. Hervé de Charette, député Nouveau Centre et maire de Saint-Florent-le-Vieil, mais aussi président de l'Institut français de finance islamique, y aurait-il été de son grain de sel? Dans tous les cas, il y a des moments où devrait seul régner le symbolique, et où le politique devrait avoir la sagesse de s'éclipser.
mardi 6 juillet 2010
Retour des Orientales 1 - L'Inde
La seconde partie de la nuit était consacrée à un concert de trois musiciens virtuoses d'Inde du nord, Debapriya Adhykary (chant khyal), Samanwaya Sarkar (sitar) et Madhurjya Barthakur (tabla, jugalbandi), qui dans la plus pure tradition hindustani ont improvisé sur un raga. Néanmoins, contrairement à l'habitude qui consiste à mettre en valeur un seul musicien en l'accompagnant de manière relativement discrète, le chanteur et le cithariste se sont ici partagé la vedette en dialoguant mélodiquement tout au long du concert, accompagnés par le joueur de tabla qui a également montré de quel bois il était fait vers la fin de la représentation. Trois musiciens virtuoses, pour un concert nettement plus contemplatif, mais tout aussi fascinant que le premier.
Le troisième concert, qui a commencé vers 1h30 du matin environ, s'est déroulé devant une assemblée plus éparse. Pourtant, il est très rare d'avoir l'occasion d'entendre un concert de shehnaï, le hautbois indien. Les frères Sanjeev & Ashwani Shankar, accompagnés d'un musicien occidental étudiant l'art du shehnaï en Inde ont pu nous faire découvrir cet instrument avec l'accompagnement traditionnel des tablas et de la tampura. Vous pouvez voir et entendre un extrait ici. Que dire sinon que, à 2h00 du matin, sous le chapiteau du festival, on se serait cru dans un temple lointain? En entendant cet instrument, j'ai compris pourquoi il avait tant servi à orner les rituels religieux: le son est empreint d'une telle emphase, d'une telle profondeur qu'il est particulièrement apte à donner une image, mobile et éternelle, du sacré.
Le lendemain matin, nouveau spectacle de Rama Vaidyanathan. Le spectacle avait lieu cette fois-ci au palais Briau, un improbable ensemble d'édifices, pour moitié en ruines, donnant sur la Loire au milieu d'un immense parc. L'ensemble, tout de brique mais imitant l'architecture des villas italiennes, avait autrefois été construit pour un grand industriel du chemin de fer du Second Empire. Dans l'entrée du palais transformée pour l'occasion en salon de danse oriental, on se serait cru dans le Salon de musique de Satyajit Ray. Les danses de Rama, ce matin, tournaient autour du dieu Krishna, grand flutiste s'il en est.
La danseuse nous a ainsi raconté une splendide lamentation aux oiseaux, où une femme amoureuse de Krishna, harangue les volatiles autour d'elle, la perruche, l'aigle, etc., en leur demandant de porter sa plainte au dieu pour qu'il vienne à lui. Jamais la mythologie de l'oiseau transport de l'âme vers les dieux ne m'a semblé aussi proche. Cela m'a rappelé une autre soirée, où d'autres histoires d'oiseaux nous avaient été contées. Décidément, je crois que j'aime les oiseaux autant que j'aime les arbres, surtout quand ils sont chantés, dansés, joués, racontés de cette merveilleuse manière.
dimanche 2 mai 2010
R.I.P.

lundi 22 mars 2010
Luis Francesco Arena
L'orchestre est essentiellement constitué de Pierre-Louis à la guitare et au chant, un tourangeau d'adoption que j'ai eu l'heur et l'honneur de rencontrer à plusieurs reprises, mais ses dernières compositions sont accompagnées de violoncelle, piano, batterie, etc., selon les nécessités. Dans un genre de song-writing «à l'anglo-saxonne», je trouve que ce petit Français se défend plutôt très bien. Il fait des concerts un peu partout en ce moment pour la sortie de son prochain album en avril: allez le voir et l'entendre, vous me direz ce que vous en pensez.
jeudi 7 janvier 2010
David vs Sibylle
mercredi 23 décembre 2009
L'autre
La couverture du dvd alive de Meshuggah, dont la sortie est prévue en février prochain, est très réussie... elle reprend et détourne de manière à la fois habile et amusante le design de l'affiche du premier Alien réalisé par Ridley Scott et sorti l'année de ma naissance, en 1979.
Mais d'autre part, et de manière plus profonde, la reprise d'une icône de la contre-culture est aussi l'occasion d'établir un lien symbolique important avec l'œuvre première, celui de l'altérité. Si une constante de la recherche musicale de Meshuggah est la recherche de la dissymétrie rythmique, une constante de son univers symbolique, perceptible dans son imagerie mais surtout dans les paroles des morceaux rédigées par Tomas Haake, le batteur du groupe, est la schizophrénie. Le nom du groupe même, “meshuggah” qui signifie “fou” en yiddish, témoigne de l'intérêt du groupe pour la déréliction des mécanismes de la psyché humaine. Cliniquement, la schizophrénie est généralement définie comme une désagrégation de la personnalité, de la psyché humaine qui, en état normal, fonctionne de manière relativement unitaire, ce qui permet à l'individu de se construire et de maintenir son identité psychique. La schizophrénie, donc, sans être un équivalent à proprement parler d'un “dédoublement de personnalité”, introduit en tout cas la multiplicité là où il y avait unité, elle désagrège et fragmente ce qui était un. Ce qui fait que l'un devient étranger à lui-même, il se confronte à sa propre altérité. Un des symptômes généralement invoqués pour caractériser l'état schizophrène est la sensation d'être étranger à son propre corps.(Meshuggah, “Concatenation”, in Chaosphere, 1998)
On assiste donc, à travers ce qui pourrait sembler une simple citation culturelle destinée à mieux “cibler” la clientèle d'un point de vue marketing, à une réappropriation d'un symbole, qui s'effectue selon la modalité d'une intériorisation de ce que représentait la race de l'Alien: l'autre de l'homme. L'autre extérieur à l'homme, l'autre race, devient l'étranger intérieur à l'homme même. La peur se mue en folie. Meshuggah psychologise ce qui était en 1979 vécu sur le mode du récit semi-fantastique, semi-épique, avec toutes les résonances post-coloniales que l'on peut y trouver. Avec Meshuggah, l'alien devient aliéné, l'œuf extra-humain de Ridley Scott devient le fou hurlant d'une humanité qui se cherche en elle-même mais ne se trouve pas.
samedi 7 novembre 2009
Jean Rouch à la BNF

mercredi 2 septembre 2009
Unholy

Son ouvrage Eunolie est paru en 2004 aux éditions Musica Falsa.
Bon voyage en enfer !
lundi 1 juin 2009
Le chien de la nuit

jeudi 21 mai 2009
Comus de retour


lundi 2 mars 2009
Paulinho et Marisa
samedi 31 janvier 2009
Ramayana
Le Râmâyana est un des textes-sources de l'hindouisme, ici mis en théâtre/musique/danse, selon la tradition du théâtre khon, par une des plus prestigieuses troupes thaïlandaises de spectacle vivant (elle émane directement du Ministère des Beaux-Arts de Thaïlande).
mercredi 21 janvier 2009
Folle Journée : de Schütz à Bach
Du 28 janvier au 1 février 2009
et le programme est ici
Pour ma part je n'y serai pas, mais je recommande chaudement d'aller assister à cette édition de la Folle Journée : c'est l'occasion d'entrer en détail dans le répertoire baroque allemand, dont la richesse est inestimable, et le meilleur moyen pour entendre un tas d'oeuvres magnifiques et pourtant jamais jouées. Un véritable évènement !
mercredi 15 octobre 2008
Cordes pincées au diapason du temps
Mes divagations sur la toile m'ont fait tomber sur deux pièces tout à fait récentes pour guitare,
qui m'ont mis une idée troublante en tête : le "metal" s'invite désormais dans la pensée guitaristique moderne.
La pièce composée par Jeff Stanek fait intervenir une guitare électrique et un violoncelle. La musique est faible mais le cadre est posé, et l'usage intempestif du triton noyé dans une distorsion convulsive est sans appel (Derek Johnson n'est d'ailleurs pas mauvais dans cet emploi).
Love & Agression
L'autre pièce, à l'inverse, ne fait pas de référence explicite au metal, et pourtant je ne doute pas que si Fredrik Thordendal découvrait l'oeuvre de son génial compatriote Henrik Strinberg, il serait fort ému, car on croirait du Special Defects transfiguré en duo classique... Jubilatoire !
Unnggg
dimanche 12 octobre 2008
The Way of All Flesh
vendredi 26 septembre 2008
Forêts scandinaves

Cette histoire, que dévoile le chanteur sur le myspace consacré à l'album, je voudrais la reprendre en quelques lignes. Dernièrement le groupe, qui vit et travaille en Suède, avait changé de lieu de répétition, et s'était installé pour ce faire dans un ancien asile psychiatrique. En faisant du ménage dans leur local, ils trouvent des vieux papiers médicaux, des peintures et autres productions de patients aliénés... Parmi tout ce fourbi, ils trouvent notamment le journal intime d'un dénommé Holger Nilsson, intitulé Contes du royaume éternel. Ils découvriront par la suite que celui-ci a été condamné pour le meurtre de sa femme, et incarcéré à vie dans cet asile.Dans son journal, Holger Nilsson explique comment sa femme a été tuée par le Näcken, qui est présenté par le groupe comme un équivalent suédois populaire de Satan, mais qui semble surtout, d'après Wikipedia, être l'équivalent masculin d'une nixe, et tient en tout cas la fonction d'un genius loci à caractère maléfique. On a notamment un très beau et suggestif nokken norvégien représenté par Kittelsen.
Cult of Luna, dans les paroles de son album et le déroulement de ses morceaux, ne ferait que reprendre, à sa manière, l'histoire de Holger et son univers de forêt nordique peuplée de bons et de mauvais animaux se livrant une lutte éternelle. L'histoire ressemble point pour point, sinon à un conte de fées, du moins à un récit tiré du folklore, type mémorat ou légende. Je ne sais pas si ce journal de Holger est une invention complète du groupe destinée à mieux vendre leur album ou bien une histoire vraie, toujours est-il qu'elle est très réussie. La conjonction du récit d'un fou et d'un récit de type folklorique, avec le Näcken comme source de tous les maux, produit un mélange détonnant, où l'on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. Je ne sais pas si Cult of Luna a inventé cette histoire, ou si Holger Nilsson a réellement existé; je ne sais pas, dans le cas où Cult of Luna n'aurait rien inventé, si Holger Nilsson était fou, s'il a été victime de ses croyances superstitieuses, s'il a mêlé sa folie à ses croyances, ou s'il a vraiment vécu les choses telles qu'il les a racontées. Mais je sais que j'adore cette incertitude, et c'est ce mélange des réalités que, personnellement, j'appelle le merveilleux.
mercredi 10 septembre 2008
La Messe de Nostre Dame à Tours !
Le 26 septembre, Diabolus in Musica, excellent ensemble de musique médiévale, viendra proposer sa nouvelle lecture de la Messe de Nostre Dame, oeuvre extraordinaire, fondatrice, composée par Guillaume de Machaut (1300-1377). Le concert aura lieu dans la cathédrale.
Je ne pourrais malheureusement pas y assister, mais je conseille vivement de ne pas rater une telle expérience musicale.
(Pour les curieux, il y aura aussi un stage de chant les 18 et 19 octobre (02.47.42.13.37). Peut-être y a-t-il des cours ouverts au public ?)
dimanche 24 août 2008
L'édifice chinois
C'est François, je crois, qui m'a fait découvrir Qigang Chen, il y a peut-être 5 ou 6 ans. J'avoue n'y avoir pas prêté une attention particulière depuis, mais ce matin j'ai décidé de faire le pas, encouragé par tout ce tintamarre chinois, et par la diffusion d'un concert sur France Musique. Il s'agissait de la création mondiale en janvier dernier, Salle Pleyel, d'une pièce pour orchestre commandée par Radio France, Enchantements Oubliés (23 minutes), interprétée par le philharmonique de Radio France dirigé par Alan Gilbert.
Qigang Chen naît en
En 1977,
Ses oeuvres s'intitulent par exemple Voyage d'un Solitaire, Extase, ou encore Wu Xing (Les Cinq Elements). Il fait appel aux instruments classiques, à l'informatique, mais aussi aux instruments traditionnels comme le guqin, une cithare à 7 cordes, instrument très ancien.
La création que j'ai entendu ce matin est pour orchestre à cordes, percussions, piano et harpes.
Les cordes seules font ressentir des relents de musique russe comme on en trouve dans La Pathétique de Tchaïkovski par exemple. S'ensuit un déferlement de timbales, où les cordes jouent en pizzicati, sur des rythmes en ostinati et des motifs courts répétés. Cette tension trouve son échappatoire dans une esquisse de rythme de valse détourné, qui nous transporte à Vienne. Avec la différence étrange, cependant, que cette valse est planante, contemplative, même dans les passages plus dansants. J'entends là une musique de l'éveil, une musique de la nature. Musique de méditation, peut-être à relier aux moines bouddhistes. Puis c'est le retour des timbales pesantes, sur un rythme haletant, presque scandé, proche là encore de Messiaen et de ses rythmes hindous. Une fois de plus, la tension se résout en de longs accords tenus, où l'harmonie devient une sorte de kaléidoscope spectral. C'est certainement le plus beau passage de la partition. Lentement, le thème au violon réapparaît dans les aigus, très sobrement. Deux violons chantent à tour de rôle ce thème en s'entrecroisant. La pièce se termine très calmement sur l'exctinction d'une note tenue au violon.
Voilà ce que j'ai pu noter au cours de cette écoute radiophonique d'Enchantements Oubliés de Qigang Chen ce matin. Je n'ai voulu faire ni un commentaire de l'oeuvre, ni une chronique musicale de type journalistique. J'ai juste voulu faire partager mon écoute et ma découverte en toute simplicité. Je peux constater que cette musique est fort plaisante à écouter, et je conseille vivement à tous ceux à qui la musique contemporaine fait peur, de se procurer du Qigang Chen. Bien loin des courants actuels les plus radicaux, difficiles d'accès, la musique de ce compositeur chinois suit le chemin d'une paix intérieure. C'est une longue méditation, un rêve, un effleurement.
Et une pierre de plus dans l'édifice chinois.
dimanche 10 août 2008
Can't find your Zappa ?

Sa production rock est un peu l'arbre qui cache une immense forêt d'oeuvres ébauchées ou inédites. Le compositeur et musicologue Ali N. Askin s'attache à les réarranger et à les retranscrire pour notre bonheur. Askin était en 1991-93 l'assistant de FZ pour le projet The Yellow Shark avec l'Ensemble Modern. Il a également reconstitué en 2000, à partir des archives du maître, la suite des pièces originales pour orchestre qui constituent 200 Motels. De plus c'est un membre éminent du Zappa Family Trust à Los Angeles. Autant dire que Zappa n'a pas de secrets pour Askin.
L'autre fanatique qui s'intéresse de près au répertoire de Frank Zappa, c'est Todd Yvega. Il a travaillé avec FZ à partir de 1989, en tant que spécialiste de musique sur ordinateur, développant tout spécialement pour lui bon nombre de programmes informatiques.

Askin et Yvega se sont associés dès 1991 pour effectuer un travail de titan : extraire les fichiers composés par Zappa sur son Synclavier au format son. Todd le magnifique s'est enfermé des nuits entières durant une bonne décennie. Il a fini par développer un programme spécifique pour convertir ces données, les lancements, la durée, le minutage etc. afin que l'on puisse les lires sur des logiciels standards. Puis il a reconstruit les structures en termes musicaux conventionnels pour que son camarade Askin puisse réaliser des arrangements, devinez pour quoi faire ? Faire jouer cette musique par des vrais instruments, pardi !
Ce n'est pas tout, d'autres problèmes se posent : des morceaux comme Xmas Values et Buffalo Voice ne sont pas des morceaux définitifs, ils sont pour ainsi dire "en chantier". Même à grand renfort de technologie pour redéfinir l'hypothétique développement de ces pièces, impossible de reconstruire l'oeuvre véritable, originale, naturelle, de Frank Zappa.
Heureusement, pendant ce temps, Askin avait attaqué la montagne par l'autre versant. En se basant sur les diverses musiques enregistreés, il préparait des partitions originales et des arrangements.
Ainsi, à force de travail et de volonté, il était possible de composer un programme de concert complet. D'autant plus qu'à l'époque de The Yellow Shark (1993), il était également prévu une représentation des deux compositions Adventures of Greggery Peccary et Revised Music for Slow Budget Symphony Orchestra, qui dormaient encore dans les placards.
Par l'entremise de Gail Zappa (Gail Sloatman, femme de Frank) et d'autres, une petite équipe parvint à se mettre d'accord sur le choix des morceaux du programme, qui fut donné pour la première fois par l'Ensemble Modern, à Cologne, le 6 juin 2000, sous la direction de Peter Eötvös. En 2002 cette entreprise monumentale était gravée au disque, en concert et sans aucun rajout, sous la direction de Jonathan Stockhammer. Belle séance de rattrapage pour ceux qui n'ont pu assister à ces concerts.

Le résultat est grandiose. On retrouve, transmutés pour orchestre, des extraits des albums Man from Utopia (1983), You can't do that on stage anymore vol. 5 (1992), EIHN (Everything is healing nicely, 1999), Jazz from Hell (1986), Studio Tan (1978), Läther (1996), Civilization phaze 3 (1994), Hot Rats (1969) et 200 Motels (1971), notamment les loufoques aventures de Greggery Peccary (notez que ce CD n'apparaît pas dans la discographie officielle). Autant dire que la réussite est totale. Excellent travail accompli par les deux maestros Todd Yvega et Ali N. Askin, et interprétation fabuleuse. Oubliez Boulez dans un Naval Aviation in Art ? ampoulé, oubliez le son synthétique du premier Night School, pénétrez dans l'orchestre magique de l'Ensemble Modern.
Afin de ne pas allonger conséquemment ce billet, je réserve les considérations musicales pour des billets ultérieurs. Pour l'heure, il revient aux futurs auditeurs de ce disque de constater par eux-mêmes le puissant génie qu'était Frank Zappa, servi ici dans son écrin le plus majestueux, l'orchestre.





