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dimanche 9 janvier 2011

Film pour une révolution et six percussionnistes

Peut-être se souvient-on encore de "Music for one apartment and six drummers", un morceau en 4 mouvements dont la représentation avait été filmée il y a déjà quelques années (2001 visiblement), et qui montrait des percussionnistes s'emparer l'espace de quelques minutes d'un appartement pour y faire de la musique avec les objets de la vie quotidienne: interrupteurs, brosses à dent, atomiseurs de parfum, verres...
Les percussionnistes viennent de remettre le pied à l'étrier, pour un long-métrage cette fois-ci, qui est sorti fin décembre (un extrait ici). C'est du jamais vu, sorte de polar délirant où des musiciens terroristes tentent de faire d'une ville entière leur instrument de musique. Il n'y avait que des Suédois pour inventer cette sorte de Fight Club pour percussionnistes, tout à fait surréaliste, et en tout cas jouissif, surtout pour les batteurs cela va de soi, mais aussi pour les autres. Si le scénario reste peut-être un peu lâche, qui empêche de considérer le film comme un pur chef-d'œuvre, on ne peut qu'admirer l'inventivité des scénaristes.

dimanche 11 juillet 2010

Retour des Orientales 2 - La Perse

Après l'Inde, la Perse était à l'honneur de la dernière demi-journée du festival des Orientales, à Saint-Florent-le-Vieil.

Biographie de Rûmî par Leili Anvar

Deux spectacles avaient été prévus en écho l'un à l'autre, il s'agissait en début d'après-midi de la conférence de Leili Anvar et du concert, très attendu, de Shahram Nazeri, à 18h00. L'un comme l'autre ont été des moments inoubliables, même si la qualité du premier a été très surprenante: je m'attendais à une simple conférence très didactique sur le thème de la poésie d'amour iranienne, et j'ai eu l'une des interventions les plus émouvantes qu'il m'ait été donné d'entendre durant ma courte vie.
Je pèse mes mots: j'ai pourtant eu plus que souvent l'occasion d'entendre des conférences scientifiques, mais celle-ci, soit qu'elle était accompagnée d'une improvisation par l'un des musiciens de Nazeri, soit que Leili Anvar, maitre de conférences à l'Inalco, avait elle-même mis tout son cœur dans la lecture - en langues française et persane - d'extraits de poésie amoureuse de Rûmî, d'Attar, et d'autres poètes (et poétesses) iraniens du XIIe au XVe siècle, cette conférence, donc, m'a laissé complètement transi, coi, pantois. Je crois n'avoir pas été le seul à avoir ainsi compris le sens du mot “transporté”: la poésie d'amour, charnel ou mystique, a je crois cet après-midi bien rempli son rôle extatique.


Shahram Nazeri

Le concert de Shahram Nazeri, de son côté, a été absolument envoûtant, et qui ne connaît pas le Ravi Shankar du chant perse, la star de la musique traditionnelle iranienne, n'a plus qu'à aller la découvrir pour être convaincu. Ce que j'ai entre autres apprécié ce soir là, c'est l'humilité de ce grand artiste: la programmation ne le mettait pas en avant, et laissait toute sa place aux musiciens qui l'accompagnaient, et qui ont ainsi pu faire montre de leur virtuosité et de leur sensibilité propres. Le grand chanteur nous a chanté à l'occasion de son passage en France un extrait du Livre des rois du poète Firdousi, qui, comme nous l'a rappelé Leili Anvar en début de concert, a été composé il y a tout juste mille ans, en l'an 1010. L'extrait choisi m'a laissé pensif, il s'agissait de l'histoire, résumée par Leili Anvar en début de concert lors de sa présentation, d'un roi tyrannique et surtout usurpateur, qui s'est trouvé défait par le prétendant légitime du trône, lui-même aidé par un forgeron puissant, symbole du peuple. Allusion au régime iranien actuel? Probablement: c'est par le mythe que la musique répondrait de manière détournée à l'histoire. Toujours est-il que mythe et réalité se sont ce soir-là trouvés joints dans le chant d'un aède venu d'Orient.



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Une note funeste néanmoins pour cette édition du festival, sans doute: alors même que des artistes perses comme Shahram Nazeri étaient, dans le document de présentation du festival, présentés comme très libres dans leur rapport à la religion musulmane (“L'âme perse a toujours préféré s'immerger dans cet océan de la transe et de la connaissance symbolique plutôt que de se laisser porter par le fleuve calme de la légalité religieuse”), on s'interrogera sur la tribune laissée dans le même festival à Tariq Ramadan, pourtant connu pour son double discours et son accointance avec les franges les plus radicales de l'islam.
Et surtout, quoi que l'on pense du personnage, que vient faire une conférence sur “l'islam aujourd'hui" dans un festival de musique, fût-elle orientale? A part une lubie incompréhensible d'Alain Weber, le directeur artistique qui est pourtant d'habitude de jugement plus sûr, je ne vois pas d'autre explication à ce "point noir" qu'une intrusion du politique dans la programmation. Hervé de Charette, député Nouveau Centre et maire de Saint-Florent-le-Vieil, mais aussi président de l'Institut français de finance islamique, y aurait-il été de son grain de sel? Dans tous les cas, il y a des moments où devrait seul régner le symbolique, et où le politique devrait avoir la sagesse de s'éclipser.

mardi 6 juillet 2010

Retour des Orientales 1 - L'Inde

Le weekend dernier, Cha et moi étions sur un petit nuage. La dernière édition du festival des Orientales à Saint-Florent-le-Vieil, la patrie de Julien Gracq, nous a permis de découvrir bien des artistes talentueux, et de nous envoler un peu vers d'autres horizons.

Arrivés tard le samedi soir, nous avons pu assister à la “nuit indienne” intitulée Rising Stars, nuit consacrée à la découverte de jeunes artistes prometteurs de musique classique indienne.

Rama Vaidyanathan (origine site de la danseuse)

La soirée commençait, à 23h00, par un spectacle de danse de Rama Vaidyanathan, accompagnée de son ensemble. Jeune artiste talentueuse, Rama Vaidyanathan s'est donnée corps et âme à une ancienne danse rituelle, la danse bharata natyam, qui consiste à danser les vieilles légendes mythologiques hindoues. Il s'ensuit une danse extrêmement évocatrice, à la limite du mime parfois, qui raconte de manière virtuose et évocatrice les aventures de Krishna , Shiva et des autres divinités du panthéon indien. Il faut souligner que Rama Vaidyanathan a eu le souci de faire partager le maximum de son art avec le public, dans la mesure où elle racontait les mythes en les mimant avant d'entamer chacune de ses danses, accompagnées par un flûtiste, un joueur de tabla et une chanteuse. Le spectacle était splendide, et c'était probablement la partie de la nuit indienne que j'ai préféré, très probablement en partie du fait que mon attention fatiguée a baissé pendant les deux autres spectacles.
La seconde partie de la nuit était consacrée à un concert de trois musiciens virtuoses d'Inde du nord, Debapriya Adhykary (chant khyal), Samanwaya Sarkar (sitar) et Madhurjya Barthakur (tabla, jugalbandi), qui dans la plus pure tradition hindustani ont improvisé sur un raga. Néanmoins, contrairement à l'habitude qui consiste à mettre en valeur un seul musicien en l'accompagnant de manière relativement discrète, le chanteur et le cithariste se sont ici partagé la vedette en dialoguant mélodiquement tout au long du concert, accompagnés par le joueur de tabla qui a également montré de quel bois il était fait vers la fin de la représentation. Trois musiciens virtuoses, pour un concert nettement plus contemplatif, mais tout aussi fascinant que le premier.
Le troisième concert, qui a commencé vers 1h30 du matin environ, s'est déroulé devant une assemblée plus éparse. Pourtant, il est très rare d'avoir l'occasion d'entendre un concert de shehnaï, le hautbois indien. Les frères Sanjeev & Ashwani Shankar, accompagnés d'un musicien occidental étudiant l'art du shehnaï en Inde ont pu nous faire découvrir cet instrument avec l'accompagnement traditionnel des tablas et de la tampura. Vous pouvez voir et entendre un extrait ici. Que dire sinon que, à 2h00 du matin, sous le chapiteau du festival, on se serait cru dans un temple lointain? En entendant cet instrument, j'ai compris pourquoi il avait tant servi à orner les rituels religieux: le son est empreint d'une telle emphase, d'une telle profondeur qu'il est particulièrement apte à donner une image, mobile et éternelle, du sacré.


Krishna, dieu de l'amour, accessoirement de la flûte et des bergers (origine Wikipedia).

Le lendemain matin, nouveau spectacle de Rama Vaidyanathan. Le spectacle avait lieu cette fois-ci au palais Briau, un improbable ensemble d'édifices, pour moitié en ruines, donnant sur la Loire au milieu d'un immense parc. L'ensemble, tout de brique mais imitant l'architecture des villas italiennes, avait autrefois été construit pour un grand industriel du chemin de fer du Second Empire. Dans l'entrée du palais transformée pour l'occasion en salon de danse oriental, on se serait cru dans le Salon de musique de Satyajit Ray. Les danses de Rama, ce matin, tournaient autour du dieu Krishna, grand flutiste s'il en est.
La danseuse nous a ainsi raconté une splendide lamentation aux oiseaux, où une femme amoureuse de Krishna, harangue les volatiles autour d'elle, la perruche, l'aigle, etc., en leur demandant de porter sa plainte au dieu pour qu'il vienne à lui. Jamais la mythologie de l'oiseau transport de l'âme vers les dieux ne m'a semblé aussi proche. Cela m'a rappelé une autre soirée, où d'autres histoires d'oiseaux nous avaient été contées. Décidément, je crois que j'aime les oiseaux autant que j'aime les arbres, surtout quand ils sont chantés, dansés, joués, racontés de cette merveilleuse manière.

dimanche 2 mai 2010

R.I.P.


Je ne l'ai appris qu'il y a peu, mais Peter Steele, le charismatique et talentueux chanteur de Type O Negative, est mort le 14 avril dernier. October Rust (1996) restera l'un de mes albums fétiche, et Type O Negative l'un des principaux groupes qui ont contribué à la renaissance du rock gothique à la fin des années 1990.

lundi 22 mars 2010

Luis Francesco Arena

Loin de mes habitudes de musique violente et vociférante comme des références savantes de Continuum, je voudrais ici signaler une belle découverte musicale: Luis Francesco Arena. Dans un registre de pop-folk intimiste où la douceur des mélodies a pour compagnons des arrangements d'une pertinence et d'une sobriété sans faille, et des textes d'une vigueur poétique étonnante pour un compositeur d'origine française, les compositions de LFA méritent vraiment le détour.

© Sophie Delaveau

L'orchestre est essentiellement constitué de Pierre-Louis à la guitare et au chant, un tourangeau d'adoption que j'ai eu l'heur et l'honneur de rencontrer à plusieurs reprises, mais ses dernières compositions sont accompagnées de violoncelle, piano, batterie, etc., selon les nécessités. Dans un genre de song-writing «à l'anglo-saxonne», je trouve que ce petit Français se défend plutôt très bien. Il fait des concerts un peu partout en ce moment pour la sortie de son prochain album en avril: allez le voir et l'entendre, vous me direz ce que vous en pensez.

jeudi 7 janvier 2010

David vs Sibylle

Demain soir, salle Pleyel, aura lieu un petit évènement : la création du Requiem composé par Thierry Lancino, sur un livret de Pascal Quignard. L'oeuvre est basée sur la confrontation de deux forces : David, qui "aspire à l'éternité" ; et la Sibylle de Cumes, qui "réclame le néant". Pourquoi pas. Le concert sera retransmis en direct sur France Musique, voilà qui mérite d'être signalé !

mercredi 23 décembre 2009

L'autre

La couverture du dvd alive de Meshuggah, dont la sortie est prévue en février prochain, est très réussie... elle reprend et détourne de manière à la fois habile et amusante le design de l'affiche du premier Alien réalisé par Ridley Scott et sorti l'année de ma naissance, en 1979.

Trente ans après, et alors que les films de science-fiction continuent à interroger de manière plus ou moins réussie l'altérité humaine, la réutilisation de l'affiche cinématographique par le groupe de death métal suédois est intéressante de deux points de vue. D'une part elle fait allusion à une icône de la contre-culture, à travers ce qu'on peut véritablement appeler un "clin-d'oeil", un signe de connivence culturelle avec son public d'adolescents et de jeunes adultes bercés par la musique alternative et les films de série B d'origine américaine. Le détournement facétieux de l'image originelle est de plus caractéristique de l'esprit de la formation qui, malgré la teneur réputée difficile de son message musical, est connue pour son sens de l'auto-dérision: en témoigne même la reprise de la phrase d'appel originale, “In space no one can hear you”, avec l'ajout précisant “unless you scream”, et qui fait allusion au faciès hurlant de Jens Kidman au centre de l'image, en lieu et place de l'œuf en éclosion de la créature extra-terrestre. Ces deux aspects alimentent l'aspect proprement amusant de la citation iconographique.

Mais d'autre part, et de manière plus profonde, la reprise d'une icône de la contre-culture est aussi l'occasion d'établir un lien symbolique important avec l'œuvre première, celui de l'altérité. Si une constante de la recherche musicale de Meshuggah est la recherche de la dissymétrie rythmique, une constante de son univers symbolique, perceptible dans son imagerie mais surtout dans les paroles des morceaux rédigées par Tomas Haake, le batteur du groupe, est la schizophrénie. Le nom du groupe même, “meshuggah” qui signifie “fou” en yiddish, témoigne de l'intérêt du groupe pour la déréliction des mécanismes de la psyché humaine. Cliniquement, la schizophrénie est généralement définie comme une désagrégation de la personnalité, de la psyché humaine qui, en état normal, fonctionne de manière relativement unitaire, ce qui permet à l'individu de se construire et de maintenir son identité psychique. La schizophrénie, donc, sans être un équivalent à proprement parler d'un “dédoublement de personnalité”, introduit en tout cas la multiplicité là où il y avait unité, elle désagrège et fragmente ce qui était un. Ce qui fait que l'un devient étranger à lui-même, il se confronte à sa propre altérité. Un des symptômes généralement invoqués pour caractériser l'état schizophrène est la sensation d'être étranger à son propre corps.

I'm in the stranger: me (lost in corporeal inanity), the user of my face
(Meshuggah, “Concatenation”, in Chaosphere, 1998)

On assiste donc, à travers ce qui pourrait sembler une simple citation culturelle destinée à mieux “cibler” la clientèle d'un point de vue marketing, à une réappropriation d'un symbole, qui s'effectue selon la modalité d'une intériorisation de ce que représentait la race de l'Alien: l'autre de l'homme. L'autre extérieur à l'homme, l'autre race, devient l'étranger intérieur à l'homme même. La peur se mue en folie. Meshuggah psychologise ce qui était en 1979 vécu sur le mode du récit semi-fantastique, semi-épique, avec toutes les résonances post-coloniales que l'on peut y trouver. Avec Meshuggah, l'alien devient aliéné, l'œuf extra-humain de Ridley Scott devient le fou hurlant d'une humanité qui se cherche en elle-même mais ne se trouve pas.

samedi 7 novembre 2009

Jean Rouch à la BNF


Rina Sherman - Que la danse continue - 2007 - 78'

J'avais dit que j'en reparlerais. Cinq ans après sa disparition, l'héritage de Jean Rouch prend corps. A l'occasion du mois du film documentaire, la BNF, les archives françaises du film du CNC et le Comité du Film Ethnographique se sont associés pour présenter une grande rétrospective consacrée au "sorcier blanc de l'Afrique". L'évènement a commencé le 3 novembre et se poursuivra jusqu'au 3 décembre, avec notamment deux rendez-vous importants : un colloque international du 14 au 20 novembre, et surtout des séances spéciales de projection les 14 et 15 novembre.


Jean Rouch - La Chasse au lion - 1965 - 80'
J'ai eu l'occasion de voir trois ou quatre de ses films dans le coffret que les Editions Montparnasse lui ont consacré, dont Les Maîtres fous, Moi, un noir, ou bien La Chasse au Lion , et je dois dire qu'ils ont laissé sur moi une très forte impression. Si Lévi-Strauss, qui vient de nous quitter, a choisi le Brésil comme terrain de prédilection, Jean Rouch a investi l'Afrique, et il en a tiré un oeuvre hors du commun, à la croisée de l'ethnographie et du cinéma. Et comme il a pénétré l'âme africaine, comme il a saisi l'expérience de l'homme face à l'homme, de la nature en l'homme, et de l'homme dans la nature ! Une œuvre pour l'éternité.
Dans un registre tout-à-fait différent, je profite de ce billet pour évoquer rapidement la sortie de l'album d' Héloïse Combes, une chanteuse que j'ai découverte sur myspace (elle a aussi un blog de dessin). En fait son album ne sort que dans un mois apparemment, mais il est déjà disponible en la contactant sur son myspace. C'est tout-à-fait charmant, elle fait de la chanson pour enfants, accompagnée par des instruments anciens... une bonne manière d'amener les petits enfants à la musique avec goût et bonne humeur, il me semble. Un tout petit évènement à côté de Jean Rouch, mais je voulais en parler car je crois que cette initiative "baroque-enfants" est judicieuse. A vous de voir !

mercredi 2 septembre 2009

Unholy

Frédérick Martin est un compositeur français né en 1958. Il a été pensionnaire à la Villa Médicis et a suivi le cursus informatique de l'ircam. Passionné de musique de la Renaissance, il aime également la musique de ses contemporains Lachenmann, Grisey ou Ferneyhough. Son catalogue comporte des oeuvres pour orchestre, des concertos, et d'autres pièces, commandes d'Etat ou de festivals. Certaines lui ont valu l'admiration auprès de ses pairs, notamment Bruno Mantovani et Hughes Dufourt.

Contre toute attente, le même Frédérick Martin s'avère être un fan de black metal. Antaeus et Darkthrone figurent dans ses disques de chevet.
"Le black est la musique du désespoir comme tel et c'est pour ça que je l'aime", nous dit-il.


Son ouvrage Eunolie est paru en 2004 aux éditions Musica Falsa.
Bon voyage en enfer !

lundi 1 juin 2009

Le chien de la nuit

Récemment, mon beau-frère, un pâtre odiniste, est descendu de ses montagnes pour venir rendre visite à sa famille en région tourangelle... Après avoir causé de cuisine médiévale et de la réintroduction problématique des ours dans les Pyrénées, la conversation a tourné vers la musique. Je lui ai fait connaître Comus, il m'a fait connaître Moondog. Et j'ai été conquis par l'histoire de ce musicien-compositeur aveugle et sdf, ayant vécu la majeure partie de sa vie à New York, et mort en Allemagne, réfugié à la fin de sa vie dans la vieille Europe. Il était doté d'une très longue barbe, et, pour éviter qu'on l'appelle Jésus, il a décidé un jour de s'habiller en viking. Son surnom: le "Viking de la 6e Avenue".


Voilà pour le folklore. La musique, elle, si elle n'est pas non plus impressionnante de complexité (pour ce que j'en ai entendu, c'est-à-dire le cd éponyme avec compositions orchestrales datant des années 1960), reste très intéressante et novatrice pour l'époque. Vers la fin de sa vie, il a visiblement composé des canons nécessitant l'emploi d'un millier de musiciens sur près de neuf heures. Ayant fricoté à la fois avec le jazz et la musique du monde, il a également rencontré les principaux représentants du minimalisme américain, Terry Riley, Steve Reich et Philip Glass, chez qui il squattera pendant 3 mois. Encore un témoignage, s'il en était besoin, de l'influence, au cours des années 1960 et des années 1970, des cultures ethnologiques sur la culture et la contre-culture américaines, ainsi que de l'entremêlement de ces deux dernières: si Moondog reste peu connu du grand public, il aura une influence considérable sur un certain nombre d'artistes et de compositeurs, Janis Joplin et Charlie Parker reprenant, entre autres, certains de ses airs.

Avis, donc, aux amateurs de musique du monde, de musique psychédélique et de musique minimaliste: Moondog mérite plus qu'un rapide coup d'oreille, il mérite une attention soutenue, au même titre que d'autres personnalités marginales comme Zappa ou Vander.

jeudi 21 mai 2009

Comus de retour


John Milton (1608-1674), l'auteur du Paradise Lost (1667), ne s’imaginait pas en écrivant le "masque" Comus (1634), qu'il donnerait son nom à un groupe de folk des années 70 ; lequel groupe ne savait pas non plus en écrivant le morceau Drip Drip, qu'il inspirerait le nom d'un des albums du groupe suédois Opeth.


Belle histoire de ce groupe qui après un premier album culte en 1971, suivi d’un second en 1974, est resté dans l’oubli jusqu’à ce que Mike Akerfeld les pousse à se reformer, si bien qu’ils joueront au Festival Equinoxe cet été.

lundi 2 mars 2009

Paulinho et Marisa

Comme j'ai été voir Maria Bathânia salle Pleyel la semaine dernière, un rendez-vous plein d'émotions, j'ai eu l'envie de revoir les séquences mythiques de Saravah, qui m'ont tellement enthousiasmé par le passé. Et là les souvenirs remontent et je me dis : mais que fait Paulinho da Viola aujourd'hui, à soixante cinq ans passés ? Deux trois clics sur Youtube plus tard, je tombe sur deux perles, deux splendides vidéos ( et ) ou Paulinho accompagne sa cadette (25 ans de moins) peut-être la plus douée, Marisa Montes, dans un moment des plus savoureux. Enivrant, assurément.

samedi 31 janvier 2009

Ramayana

A ne pas manquer ce soir, la diffusion en direct, en streaming par internet, du concert-spectacle sur l'épopée du Ramayana qui se déroule à la Cité de la musique à partir de 20h00. J'avais déjà eu l'occasion, en septembre dernier, d'assister à une partie de la nuit indienne: c'est évidemment beaucoup moins bien que sur place, mais ça vaut néanmoins le coup d'œil (et d'oreille). Pour les parisiens, peut-être reste-t-il encore des places?
Le Râmâyana est un des textes-sources de l'hindouisme, ici mis en théâtre/musique/danse, selon la tradition du théâtre khon, par une des plus prestigieuses troupes thaïlandaises de spectacle vivant (elle émane directement du Ministère des Beaux-Arts de Thaïlande).

mercredi 21 janvier 2009

Folle Journée : de Schütz à Bach

http://www.follejournee.fr/

Du 28 janvier au 1 février 2009
et le programme est ici

Pour ma part je n'y serai pas, mais je recommande chaudement d'aller assister à cette édition de la Folle Journée : c'est l'occasion d'entrer en détail dans le répertoire baroque allemand, dont la richesse est inestimable, et le meilleur moyen pour entendre un tas d'oeuvres magnifiques et pourtant jamais jouées. Un véritable évènement !

mercredi 15 octobre 2008

Cordes pincées au diapason du temps

Henrik Strinberg (b. 1954)

Mes divagations sur la toile m'ont fait tomber sur deux pièces tout à fait récentes pour guitare,
qui m'ont mis une idée troublante en tête : le "metal" s'invite désormais dans la pensée guitaristique moderne.
La pièce composée par Jeff Stanek fait intervenir une guitare électrique et un violoncelle. La musique est faible mais le cadre est posé, et l'usage intempestif du triton noyé dans une distorsion convulsive est sans appel (Derek Johnson n'est d'ailleurs pas mauvais dans cet emploi).
Love & Agression
L'autre pièce, à l'inverse, ne fait pas de référence explicite au metal, et pourtant je ne doute pas que si Fredrik Thordendal découvrait l'oeuvre de son génial compatriote Henrik Strinberg, il serait fort ému, car on croirait du Special Defects transfiguré en duo classique... Jubilatoire !
Unnggg

dimanche 12 octobre 2008

The Way of All Flesh

Bon, j'étais un peu dubitatif quand j'ai entendu tous les effets sur le chant et les bouts de sons digitaux par-ci par-là, mais non. A deuxième et troisième écoutes, le dernier album de Gojira confirme la réputation du groupe. Pour parler jeune, ça déchire sa race. Juste le troisième morceau, A Sight to Behold, que je trouve mal foutu et inutile, le reste est plein d'idées rythmiques et sonores phénoménales et vachement bien produites. The Art of Dying est notamment parmi mes titres préférés. Et puis le concept qui tourne autour des différentes conceptions de la mort et de la vie après la mort est assez bien mené. Ne pas s'attendre néanmoins au son brut et simple des deux premiers albums, le groupe a évolué et aime désormais les arrangements.

vendredi 26 septembre 2008

Forêts scandinaves

J'ai écouté cet album pendant tout le mois d'août. Eternal Kingdom de Cult of Luna, lumière montante du post-hardcore à la Neurosis et Isis. Lumière nordique également: leur musique est très froide, et dégage une ambiance de forêt scandinave. Ce que j'ai aimé dans leur dernier album, sorti en juin dernier, c'est la musique bien sûr, avec ses passages de cor de chasse et ses ambiances froides et oppressantes, ainsi que le design du packaging (réalisé par Erik Olofsson, qui fait partie intégrante du groupe et est par ailleurs designer), qui est véritablement superbe avec ses réemplois de vieilles xylographies dans le livret, et sa splendide couverture dessinée par Pär Olofsson. Mais j'ai aussi surtout apprécié l'histoire qui a entouré sa création.
Cette histoire, que dévoile le chanteur sur le myspace consacré à l'album, je voudrais la reprendre en quelques lignes. Dernièrement le groupe, qui vit et travaille en Suède, avait changé de lieu de répétition, et s'était installé pour ce faire dans un ancien asile psychiatrique. En faisant du ménage dans leur local, ils trouvent des vieux papiers médicaux, des peintures et autres productions de patients aliénés... Parmi tout ce fourbi, ils trouvent notamment le journal intime d'un dénommé Holger Nilsson, intitulé Contes du royaume éternel. Ils découvriront par la suite que celui-ci a été condamné pour le meurtre de sa femme, et incarcéré à vie dans cet asile.
Dans son journal, Holger Nilsson explique comment sa femme a été tuée par le Näcken, qui est présenté par le groupe comme un équivalent suédois populaire de Satan, mais qui semble surtout, d'après Wikipedia, être l'équivalent masculin d'une nixe, et tient en tout cas la fonction d'un genius loci à caractère maléfique. On a notamment un très beau et suggestif nokken norvégien représenté par Kittelsen.

Quoi qu'il en soit, ce Holger, pour maquiller son meurtre, s'invente visiblement une histoire où le Näcken, sous la forme d'un hibou maléfique, roi des mauvais animaux, tue sa femme. Durant la nuit, il voit une lumière dans la forêt, et commence à se diriger vers elle. Il arrive alors près d'un feu autour duquel dansent des animaux et des garous - des hommes-loups, des hommes-ours... Il voit également un gitan, qui se révèlera être Ugin, le Roi Hibou: tout ceci constitue en fait une sorte de sabbat, une réunion des mauvais animaux. Le gitan se transforme en hibou quand il voit Holger, et le fait prendre en chasse. Holger réussit néanmoins à s'enfuir, et le lendemain il reçoit la visite d'un représentant des bons animaux, qui sont menés par un grand tétras (capercaillie). Le Roi Grand Tétras lui explique alors les secrets de la forêt, et la lutte qui oppose les bons animaux aux mauvais animaux. Il lui explique qu'ils ont envoyé un espion dans le camp des mauvais animaux, et qu'ils se préparent à lancer une attaque décisive grâce à une information qu'ils ont réussi à acquérir. L'information se révèle en définitive fausse, et l'attaque se solde par un échec des bons animaux, qui sont encerclés et capturés. Holger se fait également capturer, et enfermer dans un dongeon: dans la vie réelle, l'asile psychiatrique.

Cult of Luna, dans les paroles de son album et le déroulement de ses morceaux, ne ferait que reprendre, à sa manière, l'histoire de Holger et son univers de forêt nordique peuplée de bons et de mauvais animaux se livrant une lutte éternelle. L'histoire ressemble point pour point, sinon à un conte de fées, du moins à un récit tiré du folklore, type mémorat ou légende. Je ne sais pas si ce journal de Holger est une invention complète du groupe destinée à mieux vendre leur album ou bien une histoire vraie, toujours est-il qu'elle est très réussie. La conjonction du récit d'un fou et d'un récit de type folklorique, avec le Näcken comme source de tous les maux, produit un mélange détonnant, où l'on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. Je ne sais pas si Cult of Luna a inventé cette histoire, ou si Holger Nilsson a réellement existé; je ne sais pas, dans le cas où Cult of Luna n'aurait rien inventé, si Holger Nilsson était fou, s'il a été victime de ses croyances superstitieuses, s'il a mêlé sa folie à ses croyances, ou s'il a vraiment vécu les choses telles qu'il les a racontées. Mais je sais que j'adore cette incertitude, et c'est ce mélange des réalités que, personnellement, j'appelle le merveilleux.

mercredi 10 septembre 2008

La Messe de Nostre Dame à Tours !

Pour les tourangeaux, un évènement à ne manquer sous aucun prétexte :
Le 26 septembre, Diabolus in Musica, excellent ensemble de musique médiévale, viendra proposer sa nouvelle lecture de la Messe de Nostre Dame, oeuvre extraordinaire, fondatrice, composée par Guillaume de Machaut (1300-1377). Le concert aura lieu dans la cathédrale.
Je ne pourrais malheureusement pas y assister, mais je conseille vivement de ne pas rater une telle expérience musicale.
(Pour les curieux, il y aura aussi un stage de chant les 18 et 19 octobre (02.47.42.13.37). Peut-être y a-t-il des cours ouverts au public ?)

dimanche 24 août 2008

L'édifice chinois

Les JO de Pékin ont vu la Chine passer devant les Etats-Unis en nombre de médailles d'or, ce qui les place en premier dans le rang des nations olympiques. Je suis pris d'une certaine stupeur devant ce score, sachant dans quel état était encore ce pays il y a à peine 20 ans. Tous les regards sont tournés vers ce spectacle incroyable que la Chine offre au monde. Moi aussi je reste sans voix devant ce développement effréné qui s'opère sous nos yeux. On parle beaucoup du domaine économique, mais c'est partout que la Chine tente de s'imposer. On l'a bien vu avec la médiatisation de certains plasticiens, dessinateurs et photographes chinois pour le moins intéressants (ici, ici et ici). Je dois dire que, pour ma part, je ne me sens pas tout à fait conquis par l'art en provenance de chine, mais je pense que dans les années à venir il est fort probable que des artistes majeurs émergent dans ce pays. Je lisais d'ailleurs un récent article d'Alex Ross, embarqué dans le rêve chinois durant la courte période des JO. La fascination, mêlée à une certaine circonspection, sont perceptibles dans ses propos. Dans plusieurs billets il évoque la figure désormais emblématique de la musique moderne chinoise : le compositeur Qigang Chen.


C'est François, je crois, qui m'a fait découvrir Qigang Chen, il y a peut-être 5 ou 6 ans. J'avoue n'y avoir pas prêté une attention particulière depuis, mais ce matin j'ai décidé de faire le pas, encouragé par tout ce tintamarre chinois, et par la diffusion d'un concert sur France Musique. Il s'agissait de la création mondiale en janvier dernier, Salle Pleyel, d'une pièce pour orchestre commandée par Radio France, Enchantements Oubliés (23 minutes), interprétée par le philharmonique de Radio France dirigé par Alan Gilbert.

Qigang Chen naît en 1951. A cette époque la musique chinoise est déjà fortement imprégnée de musique occidentale, puisqu'entre 1919 et 1927 se créent plusieurs établissements de recherche et d'enseignement musical comme l'Institut de recherches musicales de l'Université de Pékin ou le Conservatoire d'Etat de musique de Shanghai. La musique chinoise d'alors ne se pense plus seulement de manière monodique et hétérophonique, mais également polyphonique. Déjà plusieurs genérations de compositeurs se sont succédé, lorsque Qigang Chen naît. Leur musique se conçoit comme un brassage de musiques populaires et traditionnelles mélangées à des choses plus savantes, y compris d'influence russe. C'est surtout après 1976 que commence vraiment chez les compositeurs ce besoin d'étudier la musique du vingtième siècle. C'est pourquoi beaucoup d'entre eux vont émigrer aux Etats-Unis, notamment Dun Tan, devenu depuis une sorte de "star". Certains ont choisi la France. C'est le cas de Qigang Chen, qui vit et travaille toujours dans notre beau pays.

En 1977, la Chine restaure un système de concours d'entrée dans les écoles supérieures. Qigang Chen s'y présente. Il est l'un des 26 élus sur 2000 candidats à la classe de composition du Conservatoire Central de Pékin. Il fait 5 ans d'études dans cet établissement et en sort classé premier au Concours National. Les autorités chinoises le laissent donc partir à l'étranger pour suivre un troisième cycle en composition. Il arrive en France, boursier du gouvernement français. Ainsi, de 1984 à 1988 il est l'élève d'Olivier Messiaen, mais aussi d'Ivo Malec, Betsy Jolas et Claude Ballif. En 1987 il suit la formation de l'IRCAM. Il part ensuite à l'Académie Chigiana de Sienne étudier avec le compositeur Franco Donatoni. A l'ENM il obtient le diplôme supérieur de composition avec félicitations du Jury. En 1989 il obtient le diplôme de musicologie de la Sorbonne avec mention Très Bien.


Joueuse de guqin, cithare à 7 cordes

Ses oeuvres s'intitulent par exemple Voyage d'un Solitaire, Extase, ou encore Wu Xing (Les Cinq Elements). Il fait appel aux instruments classiques, à l'informatique, mais aussi aux instruments traditionnels comme le guqin, une cithare à 7 cordes, instrument très ancien.

La création que j'ai entendu ce matin est pour orchestre à cordes, percussions, piano et harpes.

C'est un morceau qui commence de manière très douce. Un thème cantabile est présenté au violon.. Ce début me fait penser à du Vaughan Williams, pour le côté élégiaque. Le violon déploie une mélodie où traversent des gammes chinoises, insérées dans des arabesques de harpe et de percussions. Cela sonne parfois comme du Debussy - mais il est vrai que Debussy lui-même avait déjà tissé des liens forts avec la musique chinoise, dans Et la Lune descend sur le temple qui fut (Images I), ou Dans la Terrasse des audiences au clair de lune (préludes II) - et certains passages peuvent rappeler La Mer, mais avec un violon très romantique. Les percussions harmoniques (marimba, xylophone) sont utilisées de manière très gaie et vigoureuse. Peu à peu s'installe une résonance, un climat assez ethéré. Soudain les timbales interviennent, en rythme asymétrique, et c'est l'ombre de Stravinski et de son Sacre qui passe par là. Ravel n'est pas loin non plus avec quelques quartes parallèles furtivement distillées dans un environnement plus complexe. Chen impose une atmosphère légère et bucolique, enchanteresse. Nous sommes dans un beau jardin chinois finement aménagé. On peut entendre parfois des accents de mélodies populaires chinoises aux percussions, et l'harmonie pentatonique du thème irrigue toutes les couches instrumentales. Le traitement de l'orchestre, très coloré et raffiné, est de toute évidence un héritage de l'apprentissage auprès d'Olivier Messiaen. A un moment plus chargé, le langage penche vers l'esthétique dodécaphonique proche de Maderna ou Donatoni, mais ce moment débouche sur une note lumineuse. Cela occasionne le retour du thème principal aux violoncelles. Le thème est le même, mais c'est l'accompagnement qui change. De subtiles harmonies de percussions donnent une atmosphère post-impressionniste.
Les cordes seules font ressentir des relents de musique russe comme on en trouve dans La Pathétique de Tchaïkovski par exemple. S'ensuit un déferlement de timbales, où les cordes jouent en pizzicati, sur des rythmes en ostinati et des motifs courts répétés. Cette tension trouve son échappatoire dans une esquisse de rythme de valse détourné, qui nous transporte à Vienne. Avec la différence étrange, cependant, que cette valse est planante, contemplative, même dans les passages plus dansants. J'entends là une musique de l'éveil, une musique de la nature. Musique de méditation, peut-être à relier aux moines bouddhistes. Puis c'est le retour des timbales pesantes, sur un rythme haletant, presque scandé, proche là encore de Messiaen et de ses rythmes hindous. Une fois de plus, la tension se résout en de longs accords tenus, où l'harmonie devient une sorte de kaléidoscope spectral. C'est certainement le plus beau passage de la partition. Lentement, le thème au violon réapparaît dans les aigus, très sobrement. Deux violons chantent à tour de rôle ce thème en s'entrecroisant. La pièce se termine très calmement sur l'exctinction d'une note tenue au violon.

Voilà ce que j'ai pu noter au cours de cette écoute radiophonique d'Enchantements Oubliés de Qigang Chen ce matin. Je n'ai voulu faire ni un commentaire de l'oeuvre, ni une chronique musicale de type journalistique. J'ai juste voulu faire partager mon écoute et ma découverte en toute simplicité. Je peux constater que cette musique est fort plaisante à écouter, et je conseille vivement à tous ceux à qui la musique contemporaine fait peur, de se procurer du Qigang Chen. Bien loin des courants actuels les plus radicaux, difficiles d'accès, la musique de ce compositeur chinois suit le chemin d'une paix intérieure. C'est une longue méditation, un rêve, un effleurement.

Et une pierre de plus dans l'édifice chinois.

dimanche 10 août 2008

Can't find your Zappa ?


Je viens de redécouvrir avec délectation un disque de Zappa absolument superbe que j'avais déjà écouté voilà plus d'un an avec l'idée que j'y retournerai plus tard. J'ai mis le temps, mais c'est vrai qu'il y a tellement de disques à écouter... cependant Zappa me rattrape toujours. En effet c'est un musicien qui m'accompagne depuis depuis plus d'une décennie et plus le temps passe plus je découvre les merveilleuses richesses de sa musique.
Sa production rock est un peu l'arbre qui cache une immense forêt d'oeuvres ébauchées ou inédites. Le compositeur et musicologue Ali N. Askin s'attache à les réarranger et à les retranscrire pour notre bonheur. Askin était en 1991-93 l'assistant de FZ pour le projet The Yellow Shark avec l'Ensemble Modern. Il a également reconstitué en 2000, à partir des archives du maître, la suite des pièces originales pour orchestre qui constituent 200 Motels. De plus c'est un membre éminent du Zappa Family Trust à Los Angeles. Autant dire que Zappa n'a pas de secrets pour Askin.
L'autre fanatique qui s'intéresse de près au répertoire de Frank Zappa, c'est Todd Yvega. Il a travaillé avec FZ à partir de 1989, en tant que spécialiste de musique sur ordinateur, développant tout spécialement pour lui bon nombre de programmes informatiques.


Askin et Yvega se sont associés dès 1991 pour effectuer un travail de titan : extraire les fichiers composés par Zappa sur son Synclavier au format son. Todd le magnifique s'est enfermé des nuits entières durant une bonne décennie. Il a fini par développer un programme spécifique pour convertir ces données, les lancements, la durée, le minutage etc. afin que l'on puisse les lires sur des logiciels standards. Puis il a reconstruit les structures en termes musicaux conventionnels pour que son camarade Askin puisse réaliser des arrangements, devinez pour quoi faire ? Faire jouer cette musique par des vrais instruments, pardi !
Ce n'est pas tout, d'autres problèmes se posent : des morceaux comme Xmas Values et Buffalo Voice ne sont pas des morceaux définitifs, ils sont pour ainsi dire "en chantier". Même à grand renfort de technologie pour redéfinir l'hypothétique développement de ces pièces, impossible de reconstruire l'oeuvre véritable, originale, naturelle, de Frank Zappa.
Heureusement, pendant ce temps, Askin avait attaqué la montagne par l'autre versant. En se basant sur les diverses musiques enregistreés, il préparait des partitions originales et des arrangements.
Ainsi, à force de travail et de volonté, il était possible de composer un programme de concert complet. D'autant plus qu'à l'époque de The Yellow Shark (1993), il était également prévu une représentation des deux compositions Adventures of Greggery Peccary et Revised Music for Slow Budget Symphony Orchestra, qui dormaient encore dans les placards.
Par l'entremise de Gail Zappa (Gail Sloatman, femme de Frank) et d'autres, une petite équipe parvint à se mettre d'accord sur le choix des morceaux du programme, qui fut donné pour la première fois par l'Ensemble Modern, à Cologne, le 6 juin 2000, sous la direction de Peter Eötvös. En 2002 cette entreprise monumentale était gravée au disque, en concert et sans aucun rajout, sous la direction de Jonathan Stockhammer. Belle séance de rattrapage pour ceux qui n'ont pu assister à ces concerts.

Le résultat est grandiose. On retrouve, transmutés pour orchestre, des extraits des albums Man from Utopia (1983), You can't do that on stage anymore vol. 5 (1992), EIHN (Everything is healing nicely, 1999), Jazz from Hell (1986), Studio Tan (1978), Läther (1996), Civilization phaze 3 (1994), Hot Rats (1969) et 200 Motels (1971), notamment les loufoques aventures de Greggery Peccary (notez que ce CD n'apparaît pas dans la discographie officielle). Autant dire que la réussite est totale. Excellent travail accompli par les deux maestros Todd Yvega et Ali N. Askin, et interprétation fabuleuse. Oubliez Boulez dans un Naval Aviation in Art ? ampoulé, oubliez le son synthétique du premier Night School, pénétrez dans l'orchestre magique de l'Ensemble Modern.
Afin de ne pas allonger conséquemment ce billet, je réserve les considérations musicales pour des billets ultérieurs. Pour l'heure, il revient aux futurs auditeurs de ce disque de constater par eux-mêmes le puissant génie qu'était Frank Zappa, servi ici dans son écrin le plus majestueux, l'orchestre.