jeudi 14 novembre 2013
Conte, illustration et humanités numériques
mardi 12 novembre 2013
Grimm et l'Angleterre : nouveau livre
Plus de renseignements (sommaire, prix, etc.) sur le site des PUFR. Et surtout ne l'achetez pas sur Amazon (même s'il s'y trouve): privilégiez votre librairie de quartier. Ou la Fnac si vraiment vous n'avez aucune librairie de proximité à proximité, mais pas Amazon.
lundi 31 octobre 2011
Alice et les fantômes
Alice Liddell, qui a inspiré Lewis Carroll pour la création de son célèbre roman.Archives Charmet Bridgeman Giraudon.
Tout d’abord “Images d’Alice, au pays des merveilles”, à la médiathèque de Rennes, qui est avant tout une exposition de livres illustrés qui explore la fortune iconographique de cette œuvre formidable qu’est Alice’s Adventures in Wonderland de Lewis Carroll. Je ne désespère pas de pouvoir m’y rendre: elle ne ferme qu’en mars de l’année prochaine. Et c’est un sujet tout à fait inédit d’exposition, le genre de choses qu’aurait pu faire Orsay si... j’allais dire “si les conservateurs de grands musées parisiens avaient de l’imagination”, mais c’est probablement à la fois faux et surtout gratuitement méchant: le fait est en tout cas que beaucoup d’expositions réellement originales (plutôt que d’énièmes rétrospectives sur Manet ou Mondrian) se font en province, et ne bénéficient pas pour autant de la même couverture médiatique. Ceci dit, moins de moi l’idée de vouloir attaquer les grandes expositions fondamentales sur les grands artistes ou les grands courants, mais simplement de souligner l’originalité d’une telle exposition, qui aurait de la peine à s’inscrire dans la ligne de grandes institutions parisiennes... et qui pourtant ramènerait énormément de monde, à Paris y compris je pense.
Goya, La Conjuration (Les Sorcières), 1797-1798Huile sur toile - 43 x 30 cm
Madrid, Fundación Lázaro Galdiano
Photo : Fundación Lázaro Galdiano
L'autre expo à aller voir cet automne, donc, est, à Strasbourg, “L’Europe des esprits, ou la fascination de l'occulte, 1750-1950”, qui poursuit la voie ouverte par l’expo “Traces du Sacré” à Pompidou en 2008, dans une veine moins centrée sur les beaux-arts, plus axée sur une histoire culturelle prise au sens large. Une histoire de la fascination qu’ont connu les arts et la littérature pour le monde des fantômes et des esprits nocturnes, de Fuseli à Brauner en passant par Novalis, Breton ou Conan Doyle, donc, mais aussi des tables tournantes, et également de toutes les pseudo-sciences qui ont pu graviter autour des rêveries occultistes. De quoi aiguiser l’appétit pour tous les amateurs d’ombre! Je ne pourrai pas me rendre à Strasbourg, mais si quelqu’un y va et se sent l’humeur (et le temps) de rédiger un petit compte-rendu critique, ce blog lui est ouvert (sous réserves, bien sûr, d’acceptation du contenu par son principal auteur/éditeur). Le risque de ce genre d’expositions étant de noyer le visiteur sous un flot d’objets divers sans lien entre eux, comme ç’avait par exemple été en partie le cas pour l’exposition “Mélancolie” dirigée par Jean Clair il y a quelques années, il est à attendre une hauteur de vue qui permette véritablement de faire le tour du sujet sur deux siècles autrement que de manière superficielle.
Autant dire, ici, un véritable défi, vu l’ampleur tant chronologique que thématique. Mais si celui-ci est relevé avec succès, autant dire qu’il s’agira ici d’une exposition très importante, et encore une fois très originale: si le rapport entre beaux-arts et occultisme a déjà été en partie traité entre autres, récemment, à l’occasion de “Traces du Sacré” déjà mentionné, une bonne histoire de l’occultisme et de ses rapports à la fois avec la science et les arts (c'est-à-dire en tant que phénomène culturel global) reste à faire. Tout le monde (les heureux élus se reconnaîtront) connaît le Sâr Péladan, mais peu connaissent Éliphas Lévi ou Stanislas de Guaita, et leur lien, s’il existe, avec la pensée, la science et les arts de leur époque reste à établir.
Mais il est impossible d’être exhaustif, et La Tribune de l’art estime que ce ne sont pas les manques qu’il faudrait souligner dans cette expo, mais au contraire, davantage, un fourre-tout parfois un peu obscur. On ne doute pas néanmoins que les initiés sauront s’y reconnaître. En attendant, le catalogue est très beau et semble très pointu... mais n’est pas un vrai catalogue dans la mesure où il ne répertorie ni n’explique les œuvres exposées, et donc ne dispense pas d’aller voir ces dernières. C’est jusqu’en février 2012.
lundi 10 octobre 2011
Grande exposition sur les jouets au Grand Palais
mardi 20 septembre 2011
État des lieux
Quoi de neuf depuis plus de six mois (du moins dans ce qui peut intéresser Ombres vertes, rien de privé ici)?
L'exposition que je préparais sur le sujet de la maison Mame s'est très bien déroulée, on peut en voir quelques photos sur le blog du projet de recherches afférent. L'exposition a connu un très vif succès, non seulement de la part des amateurs d'art et du livre, mais aussi de toute une partie de la population, de Tours ou des environs, qui ont travaillé à la maison Mame, ou dont des membres de la famille ont travaillé chez Mame, etc. Seul défaut à mon sens: la durée de l'exposition, qui n'a pas été au-delà de 6 semaines, et n'a pas permis à tous ceux qui voulaient aller la voir de s'y rendre. Question de calendrier... mais le catalogue d'exposition (au sens strict un livret d'exposition dans la mesure où les œuvres exposées n'y sont pas répertoriées), édité par Silvana, est disponible en librairie. Demandez-le à votre libraire (plutôt que de l'acheter sur Amazon, mais il y est aussi disponible).

C'est mon premier livre publié. Au passage, donc, à nouveau un énorme remerciement à Michèle Prévost, Bérangère Rouchon-Borie, et surtout Cécile Boulaire pour leur aide et leurs relectures, aussi bien concernant le livre que l'expo. Le tout vient un peu tard ici, mais je suis très satisfait du résultat, et il est juste de mentionner que je ne suis pas le seul à y avoir contribué.
Le volume du colloque Mame, beaucoup plus érudit et important en taille que le livret d'exposition, est en route, et devrait être publié si tout se passe bien l'année prochaine aux Presses universitaires de Rennes. J'y dirige un chapitre et y ai un article.
William Blake, The Marriage of Heaven and Hell, page de titre, version C (Morgan Library and Museum)Par ailleurs, une intervention au colloque “Hybridations texte et image”, à l'université de Tours, sur William Blake et son Mariage du Ciel et de l'Enfer. De quoi renouer, après beaucoup de recherches souvent érudites en histoire du livre, avec plusieurs de mes marottes: la période romantique, l'art visionnaire, la symbolique du livre, etc. Normalement l'article devrait être publié dans les actes du colloque, toujours l'année prochaine (enfin, on verra...), aux Presses universitaires François Rabelais, dans une collection dont j'aurai sans doute l'occasion de reparler à l'avenir.
Au passage, j'aimerais adresser mes remerciements aux éditeurs et à toute l'équipe du site internet The William Blake Archive, Morris Eaves, Robert Essick et Joseph Viscomi, pour le formidable travail qu'ils ont pu faire sur l'artiste, et gracieusement mettre à disposition. Ce site est une banque de données impressionnante, où l'on peut voir notamment tous les livres enluminés de Blake, les comparer dans leurs différentes versions, etc. Du travail à la fois précis et intelligent, qui m'a beaucoup facilité la tâche. Merci encore.
Et maintenant, en attendant la suite, en cette période de rentrée, reprise de mon métier de correcteur. Mais on n'abandonne ni la recherche, ni les lectures, ni peut-être le plus important: la contemplation.
dimanche 29 août 2010
Russie éternelle
dimanche 11 juillet 2010
Retour des Orientales 2 - La Perse

Deux spectacles avaient été prévus en écho l'un à l'autre, il s'agissait en début d'après-midi de la conférence de Leili Anvar et du concert, très attendu, de Shahram Nazeri, à 18h00. L'un comme l'autre ont été des moments inoubliables, même si la qualité du premier a été très surprenante: je m'attendais à une simple conférence très didactique sur le thème de la poésie d'amour iranienne, et j'ai eu l'une des interventions les plus émouvantes qu'il m'ait été donné d'entendre durant ma courte vie.
Je pèse mes mots: j'ai pourtant eu plus que souvent l'occasion d'entendre des conférences scientifiques, mais celle-ci, soit qu'elle était accompagnée d'une improvisation par l'un des musiciens de Nazeri, soit que Leili Anvar, maitre de conférences à l'Inalco, avait elle-même mis tout son cœur dans la lecture - en langues française et persane - d'extraits de poésie amoureuse de Rûmî, d'Attar, et d'autres poètes (et poétesses) iraniens du XIIe au XVe siècle, cette conférence, donc, m'a laissé complètement transi, coi, pantois. Je crois n'avoir pas été le seul à avoir ainsi compris le sens du mot “transporté”: la poésie d'amour, charnel ou mystique, a je crois cet après-midi bien rempli son rôle extatique.
Le concert de Shahram Nazeri, de son côté, a été absolument envoûtant, et qui ne connaît pas le Ravi Shankar du chant perse, la star de la musique traditionnelle iranienne, n'a plus qu'à aller la découvrir pour être convaincu. Ce que j'ai entre autres apprécié ce soir là, c'est l'humilité de ce grand artiste: la programmation ne le mettait pas en avant, et laissait toute sa place aux musiciens qui l'accompagnaient, et qui ont ainsi pu faire montre de leur virtuosité et de leur sensibilité propres. Le grand chanteur nous a chanté à l'occasion de son passage en France un extrait du Livre des rois du poète Firdousi, qui, comme nous l'a rappelé Leili Anvar en début de concert, a été composé il y a tout juste mille ans, en l'an 1010. L'extrait choisi m'a laissé pensif, il s'agissait de l'histoire, résumée par Leili Anvar en début de concert lors de sa présentation, d'un roi tyrannique et surtout usurpateur, qui s'est trouvé défait par le prétendant légitime du trône, lui-même aidé par un forgeron puissant, symbole du peuple. Allusion au régime iranien actuel? Probablement: c'est par le mythe que la musique répondrait de manière détournée à l'histoire. Toujours est-il que mythe et réalité se sont ce soir-là trouvés joints dans le chant d'un aède venu d'Orient.
Et surtout, quoi que l'on pense du personnage, que vient faire une conférence sur “l'islam aujourd'hui" dans un festival de musique, fût-elle orientale? A part une lubie incompréhensible d'Alain Weber, le directeur artistique qui est pourtant d'habitude de jugement plus sûr, je ne vois pas d'autre explication à ce "point noir" qu'une intrusion du politique dans la programmation. Hervé de Charette, député Nouveau Centre et maire de Saint-Florent-le-Vieil, mais aussi président de l'Institut français de finance islamique, y aurait-il été de son grain de sel? Dans tous les cas, il y a des moments où devrait seul régner le symbolique, et où le politique devrait avoir la sagesse de s'éclipser.
lundi 21 juin 2010
Le livre au corps
C'est là le dernier volet d'un triptyque organisé autour de l'esthétique du livre; les deux premiers, Le Livre et ses espaces et L'Esthétique du livre, ont déjà été publiés par les presses de Paris Ouest.

Voilà le programme. J'interviens personnellement le jeudi en début d'après-midi. Avis aux amateurs...
- 10h00-10h30 : Accueil et présentation du colloque et de l'ouvrage L'Esthétique du livre aux presses universitaires de Paris Ouest par Alain Milon et Marc Perelman
- 11h30-12h00 : Discussion
- 14h00-14h30 : Les Reliures armoriées, métaphore corporelle du temps de Louis XVI, Peggy Manard (BNF)
- 14h30-15h00 : Les Trois Corps du livre : vocabulaire et mise en page du livre illustré au XIXe siècle, François Fièvre (Université de Tours)
- 15h00-15h30 : Discussion
- 16h30-17h00 : Du journal intime au corps de la femme chorégraphe : une forme singulière de la créativité, Billana Vassileva-Fouilhoux (Université de Paris III)
- 17h00-17h30 : Ceci est mon livre : quelques stratégies opératoires du livre d'artiste au Québec, Danielle Blouin (Université du Quebec à Montréal)
- 17h30-18h : Discussion
- 10h30-11h : Le corporel et le incorporel chez Henri Michaux (« Par des traits »), Serge Chamchinov (chercheur, artiste peintre, concepteur de livres d'artiste)
- 11h30-12h00 : Autour de Poésie pour pouvoir de Michaux, Lorraine Dumenil (Paris VII)
- 12h00-12h30 : Discussion
- 14h00-14h30 : Pétrole de Pasolini : corps du verbe, Marie-Françoise Buresi-Collard (Université Paris I)
- 15h30-16h00 : Artiste chirurgien du livre, Anna Rykunova (EHESS, Université Humboldt, Berlin)
- 16h00-16h30 : DISCUSSION et SYNTHESE
Colloque organisé par Alain Milon et Marc Perelman, Professeurs à l'Université de Paris Ouest-Nanterre La Défense
mardi 11 mai 2010
Premières Pierres, une écologie de la littérature

Mais le livre sur lequel j'ai bondi est celui de William Gilpin, première traduction en français d'un essai peu connu de l'inventeur anglais de la notion esthétique de pittoresque, et qui nous livre ici ses réflexions sur la beauté du paysage naturel et la nécessité de le préserver à une époque, la fin du 18e siècle, où les effets de la révolution industrielle commencent pourtant à peine à se faire sentir. Comme si la notion de patrimoine naturel avait émergé à peu près en même temps que celle de patrimoine artistique (voir Dominique Poulot, Musée, Nation, Patrimoine, Gallimard). Décidément, cette fin du 18e siècle est une période absolument passionnante, et notre époque a toujours des leçons à tirer des idées développées durant la période romantique, qui avait dans bien des cas essayé de penser une conciliation possible entre les derniers idéaux humanistes hérités des Lumières et l'émergence de la société industrielle moderne.vendredi 30 octobre 2009
Petit cours sur Daumier
Ensuite, La Rue Transnonain, qui représente avec sobriété les conséquences d'une bavure policière qui eut lieu le 14 avril 1834 au cours d'une émeute populaire déclenchée par la loi liberticide contre l'association. Enfin, je n'ai pu m'empêcher de rappeler que c'est sous Louis-Philippe qu'a été réalisé le premier musée d'histoire de France célébrant la gloire nationale, à Versailles, et donc de souligner un autre point de convergence...Oui, Daumier est d'actualité, et il n'est pas inutile de parler de vieilleries du XIXe siècle. Mais non, le Louis-Philippe d'aujourd'hui n'est pas une poire.
dimanche 18 octobre 2009
Dans les coulisses de la création
Màj 24-10-09: normalement Michèle Hannoosh devrait venir présenter son édition du Journal de Delacroix le samedi 21 novembre à la librairie Le Livre, à Tours. 80 euros, ça fait un beau cadeau pour les fêtes...
vendredi 28 août 2009
Les expos que je n'ai pas pu voir cet été
Ensuite, en Normandie, un ensemble d'expositions sur la Normandie pittoresque. La notion esthétique de pittoresque a été inventée au cours du XVIIIe siècle, et a connu ses plus belles applications à l'époque romantique, notamment avec le monument lithographique du baron Taylor, la série de livres illustrés Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France.
Trois expositions, à Rouen, au Havre, à Caen, sont consacrées respectivement à la Normandie romantique (celle qui m'intéresse personnellement le plus), à la Normandie monumentale (consacrée au livre illustré d'héliogravures d'A. G. Lemâle, La Normandie pittoresque et monumentale, à la fin du XIXe) et à la Normandie contemporaine (sélection de photos du XXe siècle), explorant à travers le fil directeur du pittoresque la représentation, en gravures et en photographies, de la Normandie durant deux siècles.
Enfin, à Londres... Waterhouse à la Royal Academy, ainsi qu'une exposition de design contemporain sur le thème des contes de fées et de la fantasy au V&A, que j'aurais aimé voir histoire de m'amuser si j'étais allé à Londres. Mais voilà, on n'a pas toujours le temps et les finances dont on aurait envie.
samedi 11 avril 2009
Karl Girardet chez Mame
Même si je ne fais plus partie officiellement, depuis mars, du projet Mame, je reste en contact avec l'équipe de jeunes chercheurs qui travaille sur l'histoire de cette maison d'édition tourangelle. Pendant 6 mois, de septembre à février dernier, j'ai travaillé sur l'illustration dans les livres édités par Mame. L'un des axes de cette recherche s'est concrétisé dans une communication au cours d'une journée d'étude le 13 janvier dernier. Ceux qui s'intéressent de près ou de loin aux illustrateurs du XIXe siècle pourront ainsi écouter sur le site de l'université de Tours ma conférence sur Karl Girardet, illustrateur chez Mame. Les autres conférences de cette journée sont également en ligne. Je présente dès maintenant mes excuses pour mon débit un peu rapide, mais j'ai parlé à la fin d'une journée bien chargée, et il me fallait donc accélérer pour que la dite journée ne se termine pas trop tard...
lundi 5 janvier 2009
Mame
mardi 18 novembre 2008
Ossian et les peintres pré-romantiques
Anne-Louis Girodet-Trioson, Les ombres des héros morts pour la Patrie conduites par la Victoire viennent habiter l'Elysée aérien où les ombres d'Ossian et de ses valeureux guerriers s'empressent de leur donner dans ce séjour d'immortalité et de gloire la fête de la Paix et de l'Amitié, huile sur toile, 192 x 182 cm, 1801, musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau.Le travail que propose Saskia est tout bonnement d'étudier la réception du mythe et de l'oeuvre ossianique dans la peinture pré-romantique française. Travail passionnant s'il en est, car la période est celle de nombreux déchirements idéologiques, esthétiques et politiques, où Ossian, en tant que héros celte, a pu servir des causes aussi différentes que le nationalisme écossais ou le bonapartisme... Bon courage à elle en tout cas pour le rite de passage.
jeudi 23 octobre 2008
Visages du livre
mercredi 2 juillet 2008
Texte et image
Je recommande notamment:
- l'atelier 3, "Image et pédagogie",
- l'atelier 8, "Oeuvre d'art et action rituelle, analyse des formes et des pratiques",
- l'atelier 9, "Pouvoir de l'image, puissance de l'écriture: formes d'efficacité du sacré en Extrême-Orient",
- l'atelier 10, "Les objets magiques, procédés rituels et visuels"
- l'atelier 14, "Frontons et frontispices",
- l'atelier 16, "Texte, image et censure",
- l'atelier 20, "Efficacités du blanc, l'Occident et l'Extrême-Orient",
- l'atelier 24, "Renfermements idélogiques: l'espace et la représentation des slogans politiques au XXe siècle",
- l'atelier 25, "Le musée imaginaire de la caricature".
Si quelqu'un va y faire un tour, pourrait-il publier un compte-rendu de ce à quoi il a assisté sur ombres vertes? Me faire signe par message personnel.
mardi 1 juillet 2008
Plongée au coeur de l'Afrique
Je suis plongé en ce moment, entre autre choses, dans le visionnage du premier volume de la collection "Cinéastes Africains" éditée par Arte Video. Ce premier volume propose des œuvres emblématiques de la naissance, dans les années 1960, du plus jeune cinéma du monde. On y trouve des films de quatre réalisateurs : Ousmane Sembène, Oumarou Ganda, Moustapha Alassane et Jean-Pierre Dikongué-Pipa.
Ousmane Sembène
Le sénégalais Ousmane Sembène (ou Sembène Ousmane) a réalisé le premier long métrage africain, la Noire de..., en 1966. A l'origine écrivain, Sembène s'est tourné vers le cinéma pour pouvoir toucher véritablement le public africain, en grande partie illettré. Ses films ont une résonance essentiellement politique, et réfléchit beaucoup sur la situation africaine. Il a aujourd'hui plus de 80 ans et continue de tourner. C'est incontestablement le grand maître du cinéma africain. Un des attraits du coffret est de présenter son tout premier court-métrage réalisé en 1963 (qui n'est pas le premier court-métrage africain) : Borom Sarret, en français "Bonhomme charrette".
"Borom Sarret" et ses passagers
Ce court est un petit bijou qui nous montre la journée d'un jeune homme faisant le taxi avec une charrette tirée par un cheval, à Dakar. Un riche client lui demande de le mener jusqu'aux quartiers résidentiels, où les charrettes sont interdites. Interpellé par un policier, sa charrette lui est confisquée et il doit payer une contravention. Le "bonhomme charrette" rentre chez lui plus pauvre encore qu'il n'en est parti. Sa femme sort alors et dit "Nous mangerons ce soir...". Une manière très douce de faire comprendre qu'elle va devoir se prostituer pour nourrir ses enfants. Au delà du message qui nous est délivré, le film est surtout l'occasion d'embarquer le spectateur pour une visite guidée du Sénégal populaire. Le jeune taxi promène ses clients un peu partout, et l'on découvre à la fois la ville et ses habitants. Il n'est pas fortuit que Sembène soit d'abord un écrivain, car il règne sur ce film une poésie toute primitive qui vous enveloppe et vous saisit. Un beau voyage pour des yeux d'occidentaux comme les nôtres. Je dois dire aussi que l'utilisation de la voix off à la première personne est sans doute le secret de l'envoûtement que produit ce film. Projeté à l'intérieur des pensées du personnage, rustiques et spontanées, on est comme bercé par le son de sa voix, mêlé au rythme de la petite carriole et du bruit de ses roues usées. De la pure poésie, vous dis-je.
Ce procédé de la voix off à la première personne, qui n'est autre qu'une sorte de post-doublage où l'acteur redit son texte sur les images en style direct, et parfois en faisant parler d'autres personnages à la manière de certains griots et conteurs, ne m'était pas inconnu. Je l'avais déjà superlativement apprécié dans le long métrage absolument essentiel de Jean Rouch Moi, un noir. La bande son brute du film pouvait quasiment se suffire à elle-même, tellement elle recréait idéalement les images.
Oumarou Ganda dans "Moi, un Noir" de Jean Rouch (1959)
Jean Rouch, le "sorcier blanc de l'Afrique" (je vous en parlerai un jour si vous êtes sages), révélait, grâce à ce film, la personnalité éclatante du futur cinéaste Oumarou Ganda (1935-1981). Auprès de Rouch, Oumarou Ganda va comprendre la capacité du cinéma à refléter la vie. En 1969 ce cinéaste autodidacte signe un film culte du septième art, intitulé Cabascabo (le "dur à cuire").
Ce film de 45 minutes en langue djerma, résultat d'un an de stage au Club Culture et Cinéma constitué par Serge Moati à Niamey au Niger, retrace l'histoire d'un ancien combattant d'Indochine qui rentre dans son pays natal. Au bar des anciens combattants, Cabascabo raconte ses souvenirs. Oumarou Ganda construit son film à partir de flashbacks. D'abord, les combats forcenés dans les rizières, où Cabascabo se montre très valeureux. Mais une altercation (liée à l'idéologie colonialiste) avec un de ses chefs lui vaut 8 jours de mitard pour insubordination, une tache sur son livret militaire. A noter, dans cette séquence, une scène magnifique où deux soldats bien noirs se saoûlent à la bière chez une jeune indochinoise absolument craquante, qui les regarde faire d'un œil amusé. D'autres flashbacks suivent, dans lesquels on retrouve Cabascabo à son retour au pays, qui dilapide sa coquette fortune par générosité envers ses amis (qui l'exploitent) et pour obtenir les faveurs d'un ravissante jeune femme incarnée par une des actrices les plus mémorables du cinéma africain : Zelika Souley. Complètement démuni, il se retire dans la brousse cultiver le jardin aux côtés de son père.
Un film saisissant, projeté à Cannes à sa sortie, à la fois universel et profondément humain, où transparaît avant tout la sincérité et l'authenticité des émotions. Ce dur à cuire se battant pour la France mais investi tout entier pour l'Afrique, dépensant l'argent sans compter comme pour se débarrasser d'un fardeau, prompt à vouloir s'en sortir mais rattrapé par les vices du système colonial, finalement libéré quand il se tourne vers les femmes de sa famille sans être repoussé par elles ; un personnage hautement intéressant pour un film que je qualifierais d'exceptionnel, tant au regard de l'histoire du cinéma que de sa dynamique cinématographique propre.
Abreuvons-nous de ce cinéma africain qui décidément, a tant à nous apprendre - euh... moi je replonge !
jeudi 26 juin 2008
Le fantôme de Louise Labé
Pour ceux que la polémique intéresse, je renvoie à cette page d'articles sur le sujet, parus dans la presse ou non. Au lieu, donc, de m'enfoncer dans un terrain d'érudition que je ne connais que trop peu, je voudrais simplement insister sur les implications idéologiques d'un tel débat.
Le féminisme, d'abord: il s'agit de l'oeuvre d'une femme, à une époque où bien peu avaient accès à l'écriture. La proposition de Mme Huchon est de dire que cette femme de condition relativement modeste, une courtisane selon certains témoignages, n'a pas eu accès, sinon à l'écriture, du moins à une écriture poétique complexe et aux références littéraires très savantes qui jalonnent ces poèmes. Ce qui est une manière à la fois de stigmatiser le vilain patriarcat du XVIe siècle, et de refuser toute possibilité, pour une femme "de condition modeste", d'avoir eu le cran et surtout les compétences littéraires pour écrire une oeuvre d'exception. Alors que le point de vue "traditionnel" considère l'oeuvre de Louise Labé comme un exemple précurseur d'oeuvre "féministe", dans le sens où elle parle d'amour, et d'amour féminin en particulier, avec une liberté inhabituelle dans les écrits des femmes de l'époque. Redécouverte de la poétesse grecque Sappho, et tout ça.
On voit bien comment l'argument se mord la queue. Prétexter de l'artificialité d'un texte par l'hypothèse d'une écriture collective qui inventerait un auteur de papier, c'est prendre l'hypothèse pour la preuve. D'autre part, c'est confondre deux niveaux de lecture. La lecture stylistique, qui considère le texte en lui-même, et la lecture "génétique", qui le considère dans ses circonstances de création. Un texte peut être stylistiquement simple, et être le fruit d'une très longue maturation et trituration des mots; il peut à la fois dire des choses de manière très spntanée, et faire des références implicites à la littérature savante. Nier la simplicité d'un texte sous prétexte qu'il serait composé à plusieurs mains n'a donc pas de sens.
En bref, ce n'est pas parce que les poèmes de Louise Labé sont extrêmement construits, qu'ils ne sont pas issus d'un être de chair et de sang, qui a donné le plus intime de son être à travers les mots. A quoi bon vouloir prouver que l'oeuvre de Louise Labé n'est pas la sienne? Cela n'est-il pas symptomatique d'un certain aveuglement de l'histoire littéraire, qui oublie que derrière le papier, il y a des hommes?
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus :
Je t'en rendray quatre plus chaus que braise
Las, te pleins tu ? ça que ce mal j'apaise,
En t'en donnant dix autres doucereus.
Ainsi meslans nos baisers tant heureus
Jouissons nous l'un de I'autre à notre aise.
Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.
Permets m'Amour penser quelque folie :
Tousjours suis mal, vivant discrettement,
Et ne me puis donner contentement,
Si hors de moy ne fay quelque saillie.
En clair, pourquoi se perdre dans l'histoire des textes, alors que les textes eux-mêmes nous disent qu'il n'existe qu'un auteur derrière eux? un auteur qu'on appelle Louise Labé, parce que c'est son nom qui apparaît dans la page de titre, un point c'est tout. Le navire fantôme de Mireille Huchon risque en tout cas d'appareiller sans Louise Labé, dont la poésie est l'indice d'une sensibilité toute charnelle, bien éloignée des spectres empoussiérés de l'érudition.
lundi 16 juin 2008
Entretiens sur les contes
(illustration: Otto Ubbelohde, Raiponce, 1907)





