samedi 6 octobre 2007

Soutenance

La date définitive de soutenance de ma thèse est arrêtée. C'est le vendredi 26 octobre, à 14h30, à l'INHA, à Paris, que je défendrais mon travail devant un jury composé de:
M. Paul-Louis Rinuy (mon directeur), Professeur d'Histoire de l'art à Paris VIII,
Mme Ségolène le Men, Professeur d'Histoire de l'art à Paris X et à l'Institut Universitaire de France,
M. Barthélémy Jobert, Professeur d'Histoire de l'art à l'université Paris IV,
M. Alain Bonnet, Maître de Conférences en Histoire de l'art à Nantes,
Mme Nicole Belmont, Directeur d'études d'Anthropologie à l'EHESS.

La soutenance est publique, cela veut dire que n'importe qui peut venir. Âmes impatientes s'abstenir, néanmoins, car la séance dure environ 4 heures. Pour se rendre à l'INHA, voir sur leur site.

Le sujet de ma thèse est:


L'illustration victorienne des Contes de Grimm:

George Cruikshank,


Richard Doyle,


Walter Crane,


Arthur Rackham.

mercredi 3 octobre 2007

Sous la cendre

C'est le nom d'une toute prochaine parution de chez José Corti. Ceux qui me connaissent savent à quel point j'idolâtre cette maison d'édition. Leur collection "Merveilleux" est particulièrement bien achalandée. Dans cette anthologie, c'est l'histoire de Cendrillon qui est à l'honneur, dont vous voyez ci-dessous une illustration d'Arthur Rackham (frontispice de la version Perrault, 1919).

L'anthologie est établie par Nicole Belmont, anthropologue spécialiste du conte oral, directrice d'études à l'EHESS (qui en passant fera partie de mon jury de thèse); et Elizabeth Lemirre, spécialiste du conte de fées littéraire qui a réédité notamment le célèbre Cabinet des Fées, anthologie du conte de fées précieux qui date du 18e siècle.
Sous la cendre est un beau titre pour une anthologie dédiée à Cendrillon. Elle répertorie un certain nombre de variantes du célèbre conte, dont nous ne connaissons souvent que la version Perrault ou la version Grimm. La plus ancienne version de l'histoire serait chinoise, et daterait du 9e siècle après J.-C.

Lointaine héritière des vestales antiques qui gardaient le feu sacré du temple de Vesta, déesse du foyer, la figure de Cendrillon est très dense symboliquement. Associée au foyer en tant qu'espace domestique, elle est également associée au foyer en tant que feu autour duquel vient se construire cet espace domestique. J'en avais déjà un peu parlé ici.
Assistée par une fée marraine dans la version Perrault, par un arbre enchanté souvenir de sa défunte mère dans la version Grimm, Cendrillon à travers ses épreuves et ses métamorphoses se libère de ce qui la lie au foyer. Par le mariage, elle passe d'un foyer à un autre, de son foyer paternel à celui de son futur époux. Ce qui veut dire qu'elle va se défaire de son habit de cendre, s'éloigner de son ancien foyer, et en même temps se débarasser de sa virginité (on fera remarquer que, dans l'Antiquité, les vestales étaient nécessairement vierges).

Sous la cendre couve donc le feu... du mariage, d'un nouveau foyer, et d'une sensualité à conquérir. Le sage Arthur Rackham ne retransmet pas tout cela dans le frontispice ci-dessus, mais l'air inquiet et impatient avec lequel Cendrillon se presse de regarder vers l'extérieur le laisse fortement présager. Il se trouve que ce frontispice en couleurs ouvre un livre qui est par ailleurs totalement illustré de silhouettes monochromes, comme celle ci-dessous, et qui constitue une singulière manière de représenter le conte de Cendrillon.
Hommage à l'imagerie précieuse des contes de fées du 18e siècle, cette utilisation de la silhouette permet également d'insister sur la forme florale de la robe de l'héroïne, qui reste néanmoins ici en bouton. La corolle s'ouvre, à l'inverse, dans l'illustration en 1909 de la version Grimm par le même artiste (le conte arbore alors le nom allemand, Aschenputtel).
Eloge discret de la sensualité, l'interprétation par Rackham de la figure de Cendrillon ne découvre néanmoins qu'une de ses facettes. Nul doute que l'anthologie publiée par Corti ne nous en fasse découvrir d'autres.

vendredi 28 septembre 2007

Les Grimm aux Blancs-Manteaux

Natacha n'a même pas eu le temps de diffuser l'information que je m'en rends compte en consultant le programme du 17e salon de la revue, qui a lieu du vendredi 19 au dimanche 21 octobre à l'espace d'animation des Blancs-Manteaux, dans le 4e arrondissement à Paris. Elle nous fait une petite conférence sur les frères Grimm et leurs contes, le samedi 20, de 13h30 à 14h30.

Rien d'absolument exceptionnel pour cette spécialiste des deux philologues allemands, mais j'invite les quelques parisiens que je connais (et que je ne connais pas), qui s'intéressent de près ou de loin au romantisme ou aux contes de fées, à aller boire ses paroles. Elle connaît son sujet sur le bout des doigts. Moi je travaille pour Lire en Fête, et je ne pourrais malheureusement pas être là (mais j'ai déjà eu l'occasion de l'entendre sur le même sujet). Aussi, si vous y allez, saluez-là de ma part, comme ça on verra à quel point mon blog est lu de toute la francophonie. Et puis, pour ceux qui viendront à ma soutenance une semaine après, ça fera une petite mise au point.Aller au salon des revues permettra également aux curieux d'aller voir La Grande Oreille, belle revue sur les arts de la parole, à laquelle je n'ai malheureusement pas pu m'abonner pour l'instant, faute de sous... En plus de ça, des tas de numéros qui m'intéressent sont épuisés! Et les bibliothèques de Tours n'y sont pas abonnées! Il est vraiment temps que je m'abonne tout seul, comme un grand...

mercredi 26 septembre 2007

Un grand silence

Cela n'a pas fait grand bruit, mais Marcel Marceau est décédé il y a quelques jours, à l'âge de 84 ans. Je n'ai jamais eu l'occasion de voir un de ses spectacles, mais je trouve fascinant le principe de la pantomime. Comme quoi le théâtre n'est pas seulement un art de parole, mais d'image.

vendredi 21 septembre 2007

L'Astrée

J'ai récemment vu avec Charlotte le dernier film de Rohmer, qui est très joli et se regarde vraiment très bien. Il s'appelle Les amours d'Astrée et de Céladon, et est adapté de l'Astrée d'Honoré d'Urfé, un long roman de plus de 5000 pages datant du début du XVIIe siècle, que l'auteur de ces lignes, vous vous en douterez, n'a pas lu avant de voir le film. Si ça vous intéresse, le texte intégral est numérisé ici, voilà à quoi ça sert les étudiants de lettres. Eric Rohmer s'était déjà commis dans un Perceval Le Gallois un peu... ridicule disons. Ou bien "vieilli" si on veut rester gentil. Je ne doute pas qu'il soit très drôle à regarder au second degré, mais personnellement je n'en ai jamais dépassé les dix premières minutes.Aussi avais-je un peu peur en allant voir l'adaptation de l'Astrée, et ai-je été très surpris de voir un film frais, très joyeux et léger, avec de plus, ce qui est toujours bon à prendre, plein de belles dames dans de grandes robes blanches diaphanes, aux épaules délicatement dénudées,
voire aux poitrines dévoilées, comble de l'érotisme pastoral (ici Astrée).
Un film qui est donc beaucoup mieux réalisé que Le genou de Claire ou Perceval le Gallois, et où les costumes ressemblent plus à ceux que rêvaient les écrivains du XVIIe siècle quand ils pensaient aux anciens gaulois, qu'aux habits de hippies de Perceval le Gallois. Par ailleurs, un cadre pastoral superbe, avec tout ce qu'il faut de bergers efféminés et de bergères avec des coiffures apprêtées et des bandeaux dans les cheveux.
Ce qui m'a beaucoup amusé, ce sont les druides avec leurs grandes robes blanches, qui expliquent qu'ils sont monothéistes et que ce sont les romains qui ont imposé le culte des idoles, que Belenus et Esus ne sont que différents visages donnés à une seule et unique divinité, Teutatès... Honoré d'Urfé essayait ainsi de donner à la France, au début du XVIIe siècle, des "ancêtres gaulois" qui ne soient pas incompatibles avec le christianisme, et ainsi de construire une continuité historique du royaume français.
Il est intéressant de constater que l'on a cherché à donner des ancêtres gaulois bien avant la période romantique. Et que Rohmer a donné aux druides les habits que les romantiques leur ont donné (ci-dessous une jolie image datant de 1790, toujours avec une grande robe et un capuchon),
et qui sont toujours utilisés aujourd'hui, dans certaines cérémonies néo-druidiques.Si cette image du druide est synonyme du XVIIe au XIXe siècle d'identité nationale, elle est aujourd'hui également synonyme de terroir, comme en témoigne cette magnifique boîte de camembert d'Ille-et-Vilaine, qui exploite la "matière de Bretagne" dans le registre du marketing alimentaire.
Comme quoi, d'Honoré d'Urfé au camembert, en passant par Rohmer, les beaux seins d'Astrée et les romantiques, tout est dans tout, et réciproquement.